CHAPITRE IV
trats, mi gouvernement est sans force; or, un gouvernement sans force ne saurait faire le bonheur du pays.
Les circonstances présentes nous imposent, ainsi qu'à vous, un devoir impérieux envers le nouveau conseil d'état en particulier, c'est celui de la patience. Cette patience ne sera que rigoureuse justice; en effet1
Le nouveau conseil d'état trouvera beaucoup d'ouvrage que les circonstances ont inévitablement accumulé.
La machine qu'il doit mettre en mouvement se compose en partie de rouages nouveaux.
Il devra, dans les premiers temps, s'occuper essentiellement de la mise en œuvre de la constitution et des nombreuses lois organiques que la constitution exige.
En attendant que ces travaux fondamentaux soient achevés, toutes les lois non contraires à la constitution demeurent en vigueur, même celles que leur imperfection fera plus tard rapporter ou amender. Vous continuerez à les observer, nos chers concitoyens ; respect aux lois est une des premières maximes d'un peuple libre.
Respect à la liberté est à ses yeux une maxime non moins sainte. Ne pas respecter chez les autres la liberté que l'on réclame pour soi-même > c'est ne pas comprendre la liberté.
La liberté, protectrice de tous les droits, est la source humaine de tous les sentiments généreux, de tout ce qui agrandit la pensée, de tout ce qui ennoblit l'humanité et resserre les liens fraternels entre les hommes.
Par là même, l'amour de la liberté véritable est incompatible avec l'égoïsme, sous quelque forme qu'il se montre ou qu'il se déguise. Laissant de côté nos intérêts particuliers, ne perdons pas de vue qu'une réforme sociale a pour but de garantir les droits de la nation, et non de satisfaire les prétentions des individus.
A cet égard et à beaucoup d'autres, notre premier besoin est celui d'une éducation nationale qui justifie tout ce que la constitution attend de la coopération du peuple aux affaires publiques.
Cette éducation reposera sur une base morale, car sans les mœurs les lois sont vaines ; les institutions ne valent que ce que valent les hommes.
Rendons-nous dignes des institutions que nous avons obtenues, et bénissons Dieu de nous les avoir obtenues sans secousses violentes.
Près et loin de nous, des nations généreuses ne brisent leurs chaînes qu'avec des efforts convulsifs, ou bien elles achètent au prix de leur sang
le simple espoir de la liberté ; et nous, nous conquérons toute la nôtre par des triomphes pacifiques; nous reconstruisons paisiblement l'édifice politique sous un ciel serein, tandis qu'au bord de l'horizon l'orage gronde sur d'autres peuples.
Kemercions le ciel d'une faveur si prononcée, et, nation chrétienne, demandons-lui de faire reposer à jamais ses bénédictions sur cette terre qui est notre patrie et qu'habite un peuple cher à la liberté. Lausanne, le 18 août 1831.
Le président du grand conseil, André GLNDROZ Le secrétaire, Dan.-Alex. Chavannes
A la réception de la circulaire du conseil d'état, le pasteur de Rolle, M. Louis Burnier, se hâta de prendre la plume et d'adresser la lettre suivante au président de ce corps :
Rolle, 24 août 1831.
Très honoré monsieur le landamman,
Qu'il me soit permis de faire observer au sujet de la circulaire qui m'est parvenue aujourd'hui, sous votre seing, que dimanche prochain, 28 du courant, étant un jour de communion, il me serait impossible de satisfaire au vœu du conseil d'état, sans manquer au premier de mes devoirs, et probablement sans affecter péniblement beaucoup de mes paroissiens.
Kéunis pour célébrer la mémoire des souffrances et de la mort du Sauveur, ils s'attendent selon l'usage, selon nos lois ecclésiastiques, selon l'Evangile, que mon sermon roulera sur l'objet important pour lequel ils seront assemblés. Ce jour-là, bien des vieillards et des infirmes font effort pour venir au temple et leur position exige qu'on abrège, autant que possible, le service déjà plus long que de coutume. Dirai-je encore que quatre jours pourraient ne pas paraître un terme suffisant pour se préparer à prêcher sur une matière aussi délicate ?
Par ces considérations, j'ose vous prier, très honoré monsieur le landamman, de me décharger pour dimanche prochain de l'obligation qui m'est imposée par votre lettre de hier, et de renvoyer au dimanche après les fêtes la lecture de la proclamation et le sermon qui doit l'ac-