LE PRÉSIDENT DU CONSEIL D'ÉTAT DU CANTON DE YAUD
A MONSIEUR LE MINISTRE Bl'RNIER, PASTEUR A ROLLE
Monsieur,
Le conseil d'état a pris connaissance de votre lettre du 24 du courant, par laquelle vous avez présenté diverses observations sur les inconvénients que vous trouvez dans l'exécution des ordres donnés pour
la lecture en chaire de la proclamation du grand conseil, dimanche prochain 28 du courant, et pour que le sermon de ce jour-là soit dirigé sur l'objet de la proclamation.
Le conseil d'état m'a chargé de vous répondre, monsieur, qu'il s'agit ici de l'exécution d'une volonté expressément manifestée par le grand conseil, en sorte que le conseil d'état ne peut absolument que maintenir les ordres qu'il a donnés à ce sujet, sans qu'il puisse dépendre de lui de renvoyer cette exécution à une époque où elle deviendrait en quelque sorte illusoire, par le laps de temps qui se serait écoulé depuis que la proclamation aurait déjà été publiée par affiche.
Du reste, monsieur, je dois vous faire observer, comme opinion particulière du conseil, que vous vous êtes peut-être exagéré les inconvénients que vous avez signalés ; qu'il ne s'agit pas de rédiger et de prêcher un sermon dont le sujet soit pris exclusivement dans l'objet de la proclamation, mais seulement de rattacher par quelques idées générales le sujet religieux que commandera la circonstance particulière de la journée aux sentiments d'ordre, d'union et de concorde que la proclamation recommande à tous les citoyens, et qui, comme le sentiment de l'amour de la patrie, paraissent toujours conciliables avec tous les principes de la religion de notre église.
Je dois ajouter que le conseil d'état a lieu de croire que la plus grande partie de messieurs les pasteurs paraissent avoir entendu la chose ainsi qu'elle vient d'être expliquée, puisque quatre seulement d'entre eux ont adressé des représentations à peu près dans le même sens que les vôtres ; observations dans lesquelles, je dois encore le dire, le conseil d'état s'est plu à reconnaître la marque d'un excellent esprit.
Agréez, monsieur le pasteur, l'assurance de ma considération.
Le président du conseil d'état,
E. DE LA HAKPE.
M. Burnier ne fut pas seul à présenter au conseil d'état des observations sur la lecture de la proclamation du grand conseil. Bon nombre de ses collègues avaient été mis dans un grand embarras. Cependant, trois d'entre eux seulement firent au gouvernement quelques objections relativement au choix du