CHAPITRE IV
jour. Un pasteur de la montagne, n'ayant reçu le message du conseil d'état que le 27 au soir, et se voyant dans l'impossibilité absolue d'effectuer convenablement dans son entier l'ordre qui lui arrivait si tard, se résolut à en renvoyer l'exécution au jour du jeûne et crut devoir en prévenir le conseil d'état tout en lui faisant connaître ses motifs. En répondant à ce pasteur, le président du conseil d'état proclamait une doctrine fort grave. « Vous êtes invité, disait-il, à vous conformer ponctuellement à l'avenir aux ordres qui vous seront transmis pour être exécutés. » D'après les lois alors existantes, les pasteurs de l'église nationale ne relevaient nullement, en leur qualité de pasteurs, du conseil d'état. Les fonctions pastorales ne pouvaient pa's non plus ôter au Vaudois qui les remplissait ses droits d'homme libre. La réponse du président renfermait donc une espèce de déclaration de principes ensuite de laquelle le premier devoir d'un pasteur aurait été de se conformer aux •décisions du conseil d'état. On voit que M. de la Harpe était encore tout imbu des principes qui avaient dirigé l'ancien conseil d'état. Ce dernier ne se faisait en effet aucun scrupule d'ordonner aux pasteurs de porter en chaire des proclamations que les hommes les plus conciliants ne pouvaient lire euxmêmes sans répugnance.
Les pasteurs s'acquittèrent du reste tant bien que mal de la tache dont l'autorité les avait chargés et l'un d'eux, M. le ministre L. Fabre, publia même le discours qu'il avait prononcé dans l'un des temples du chef-lieu1. Le prédicateur avait pris pour texte cette parole du psaume XXXIII: Oh! que bienheureuse est la nation dont l'Etemel est le Dieu, et le peuple qu'il s'est choisi pour héritage! Après avoir fait le portrait d'un peuple dont l'Eternel est le Dieu, il avait demandé à ses auditeurs s'ils
1 Sermon prêché dans réalise de Lausanne, le 2S août 1851, à V occasion de la nouvelle constitution, etc., chez Hlanchard, 16 pages.
étaient ce peuple-là? Sans insister trop sur une réponse affirmative, il avait exposé les motifs puissants et spéciaux qui devaient pousser les Vaudois à être véritablement le peuple de l'Eternel 1
Ce sermon méritait assurément quelque attention, non pas seulement à cause des choses excellentes qu'il contenait, mais parce qu'à tout prendre il rendait peut-être assez fidèlement compte de l'état moral et religieux de notre peuple à cette époque et de ce qu'un prédicateur chrétien et patriote pouvait lui mettre sur la conscience. En voici la conclusion :
Mes frères, sommes-nous la nation dont l'Eternel est le Dieu? Mais il faudrait répondre l'Evangile et l'humilité chrétienne dans Je cœur. Si vous n'osez pas répondre que vous êtes cette nation, eh bien, humilionsnous ensemble et demandons à Dieu que nous le devenions une fois. Oui, peuple de mon pays, tu peux devenir le peuple de Dieu ; jamais temps n'a été plus favorable. Voyez, avant tout, la vie que Dieu souffle dans son église; ce temps n'est pas le temps de la mort. Mille voiles portent dans les pays les plus éloignés l'Evangile du salut. Le christianisme pénètre les institutions des peuples autrefois sauvages et les régénère. Ouvrons-lui nos cœurs, nous qui le connaissons depuis longtemps, et laissons-nous vaincre. Aujourd'hui c'est le temps favorable; Dieu nous aide de mille manières. Ne méconnaissons pas le temps de notre Visitation. Depuis bien des années Dieu nous a bénis; la génération de celui qui vous parle n'a vu presque que des bienfaits de Dieu sur notre nation indépendante et heureuse, oui heureuse S ingrats ceux qui ne le reconnaissent pas. Et voici qu'avec le développement des lumières, développement que l'Evangile approuve, des améliorations viennent d'être introduites dans le corps social, améliorations dont Dieu est la première cause, la seule à laquelle doive regarder le ministre du Seigneur. Ces institutions, préparées par plusieurs de celles qui les avaient précédées, seront en harmonie avec celles des peuples qui nous entourent, elles auront la confiance de la nation qui les a librement adoptées et satisferont, on l'espère, à ses besoins légitimes. Recevez donc au nom de Dieu les institutions qu'il vous envoie et les hommes qu'il établit sur vous. Que leur commencement soit au nom de Dieu qui a fait les cieux et la terre! Ces institutions influeront sur vous. Vous y trouverez des