‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 45 sur 171 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Les ministres manquent d'unité dans les efforts qu'ils font pour reconquérir leurs droits ; ils ne travaillent pas assez à éclairer l'opinion dans notre pays ; ils ne résistent pas assez aux actes arbitraires; ils paraissent presque s'envisager comme devant recevoir à la sainte cène à peu près tous les jeunes gens qui ont fréquenté les catéchismes le temps prescrit ; ils ne font pas assez usage des réunions d'édification; pas assez usage non plus de la lecture de la Parole de Dieu dans les assemblées publiques.

Les ordonnances ecclésiastiques ne sont pas toujours suivies par le gouvernement. L'inspection immédiate sur les pasteurs, le droit de les suspendre et de les casser, de juger des sermons, de censurer les ministres, etc., donnent lieu à de fréquents abus d'autorité.

On se plaignit encore du manque d'administration ecclésiastique dans les paroisses, du vague de la loi qui régissait l'église, de la substitution illégale du catéchisme d'Ostervald aux catéchismes d'Iïeidelberg et de Berne; de ce que les classes étaient rassemblées trop rarement et ne pouvaient s'occuper que fort peu des vrais intérêts de l'église.

C'est un grand vice, disait-on, que la consécration des ministres soit attribuée à un corps qui peut être composé en majeure partie de laïques. La nomination des pasteurs et le gouvernement de l'église avaient lieu généralement sans la participation du troupeau. L'institution des diacres n'était pas conforme chez nous à ce qu'elle était dans l'église primitive ; chez nous, ils étaient évêques.

L'excommunication, même verbale, était contraire à l'Ecriture sainte qui établit plutôt le retranchement de l'église que celui de la cène; mais on manquait totalement de discipline quant à la cène. L'office de distribuer le vin aux communiants ne devrait pas appartenir de droit aux assesseurs.

Les enfants de parents vraiment fidèles devraient seuls être

baptisés, et il faudrait se refuser à bénir le mariage d'individus divorcés pour autre cause que l'adultère. Les pasteurs ne devraient pas être officiers de l'état civil.

Enfin, on constata que les rapports de l'église et de l'état n'étaient pas clairement fixés et que le pouvoir temporel possédait en même temps le pouvoir spirituel1.

Après ces entretiens où, comme l'on peut s'en convaincre, régna la plus entière liberté, les membres de la réunion prirent les résolutions suivantes:

1° Les pasteurs feront une motion dans leurs classes respectives tendant à engager les classes à demander la liberté des cultes. Le frère Burnier fera cette motion dans la classe de Morges, le frère Dapples dans celle de Lausanne et le frère Decoppet dans celle d'Yverdon. On écrira aux frères Golliez et R. Mellet pour Payerne. .

2° On portera à la connaissance des classes les faits suivants, attentatoires de la part du gouvernement au droit qu'elles ont déjuger la doctrine des pasteurs et des suffragants, afin qu'elles agissent en réclamation de leurs droits :

a) La désapprobation du sermon du frère Garin de la part du gouvernement et le jugement qui s'en est suivi contre lui 2.

b) L'ordre donné par le conseil d'état au doyen de la classe de Lausanne de censurer le frère Hostache, sufïragant à Ollon, pour avoir adressé une lettre pastorale à un municipal distributeur de la cène et soupçonné d'incrédulité.

c) La désapprobation manifestée par le conseil d'état aux pasteurs d'Oron et de Palézieux, pour avoir laissé leurs domestiques assister à des réunions de missions3.

1 Acta des conférences fraternelles, 1831-1839.

* Voir la première partie de cet ouvrage, tome II, pag. 265.

3 Voir la première partie de cet ouvrage, tome II, pag. 302.

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