CHAPITRE t
Parmi les partisans les plus courageux en même temps que les plus modestes de la liberté religieuse, dans notre pays, nous n'avons garde d'oublier Amédée Voruz, principal à Moudon, homme honnête et droit, que notre génération a vu et apprécié longtemps encore. M. Yoruz avait foi en la liberté religieuse, et la constitution de 1831 était à peine adoptée qu'il adressait au grand conseil la pétition suivante contre la loi du 20 mai.
Novembre 1831.
Monsieur le président et messieurs les députés,
Une loi que je m'abstiendrai de qualifier, puisqu'elle a reçu déjà les épithètes les plus odieuses que l'histoire ait données aux actes de l'inquisition d'Italie et d'Espagne, une loi, messieurs, celle du 20 mai 1824, •souille depuis sept ans notre législation vaudoise et n'a point été révoquée.
L'ère nouvelle de franche liberté dans laquelle nous sommes entrés, exige que nous effacions le plus tôt possible de nos lois (et plût à Dieu que nous puissions l'effacer de même des pages de notre histoire !) ce déplorable monument des persécutions religieuses qui ont affligé notre pays !
Je viens donc, messieurs, avec l'espoir d'être l'organe de tous les hommes vraiment religieux et libéraux, vous solliciter de faire disparaître de notre législation la susdite loi. La laisser tomber en désuétude ne suffit pas; il importe pour l'obéissance que nous devons aux nouvelles lois que vous serez appelés à faire, qu'elles ne figurent pas à côté d'une loi que repousse la conscience de tout homme sincèrement attaché à sa foi religieuse.
Il importe aussi, messieurs, pour l'honneur de notre canton, que le monde civilisé apprenne que vous répudiez solennellement ce honteux et triste legs de la législation qui nous a précédés.
C'est dans cette espérance, messieurs, que je prie le Seigneur qu'il daigne bénir vos personnes et répandre sur toutes vos délibérations son
esprit de sagesse et de justice, pour le bonheur du pays qu'il nous a donné.
Agréez, messieurs, l'assurance du respect et de la considération de votre très dévoué concitoyen,
A. Voruz, ministre.
Cette pétition, lue dans la séance du 9 décembre, ne fut discutée que le 10 janvier suivant. M. Nicole avait été chargé du rapport. Voici quelles furent les conclusions de la commission.
1° La loi du 20 mai n'est bonne ni dans son principe, ni dans sa forme. Elle n'a fait qu'aggraver le mal.
2° Faut-il la rapporter ou la remplacer? La minorité (le pasteur Liardet) voudrait quelque disposition pénale contre le prosélytisme sur les mineurs. La majorité pense que l'autorité paternelle et tutélaire ne serait pas compromise par l'abrogation de la loi.
3° il y aurait inconvenance à laisser subsister plus longtemps cette loi. Ce serait aussi un mensonge législatif. Quant aux troubles, il ne faut pas les craindre. Malgré les préjugés, les préventions et l'ignorance, le peuple a fait de grands progrès dans la tolérance: le peuple vaudois désire l'abrogation de la loi.
La majorité de la commission votait donc dans le sens de la pétition Voruz.
La lecture du rapport de M. Nicole fut suivie d'une discussion intéressante qui se prolongea pendant cinq heures, et dans laquelle MM. Dapples, Pidou, Jaquet, Pellis, Bourgeois, Chatelanat, Monnard, parlèrent dans le sens de la majorité.
La loi du 20 mai, qualifiée de mauvaise par la commission, ne fut défendue comme bonne par personne. Les orateurs qui demandèrent qu'elle fût maintenue se fondèrent uniquement sur ce que quelques termes de la pétition leur paraissaient