‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 48 sur 171 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

inconvenants, et sur on ne sait quelle agitation qu'ils supposaient exister dans les esprits. Le grand conseil décida à une grande majorité que la pétition serait prise en considération et, sur une proposition de M. Rouge, qu'elle serait renvoyée au conseil d'état pour qu'il prît, dans les limites de sa compétence, telle détermination qu'il jugerait convenable. Du reste, la portion du grand conseil qui était opposée au retrait de la loi du 20 mai se croyait d'autant plus autorisée à maintenir le statu quo, que, dans le sein même du clergé national et parmi les plus respectables d'entre ses membres, elle trouvait des points d'appui. C'est ainsi que, dans la séance du 13 décembre, le grand conseil avait entendu la lecture d'une lettre de If. Antoine Monastier, pasteur à Cheseaux, lequel exprimait l'idée que le moment n'était pas bien choisi pour rapporter la loi du 20 mai. Antérieurement déjà, dans les colonnes de la Discussion publique qu'il combattait, M. Monastier avait pris la défense passionnée de l'église nationale, et, en faisant l'apologie d'un institution à laquelle il se montrait très dévoué, il avait manifesté quelque irritation contre le réveil religieux dans le canton '.

Tandis que le premier grand conseil élu depuis l'adoption de la nouvelle constitution se voyait déjà appelé à discuter des questions de liberté religieuse , le doyen Gurtat se mourait. C'était à la fin de février 1832. Depuis une couple d'années il avait décliné et il ne remplissait plus ses fonctions pastorales, confiées à un suffragant. Il avait souffert de l'impopularité dans laquelle il était tombé et dont il avait eu une preuve assez significative le jour où, à l'époque de la révolution du 18 décembre, on avait planté un arbre de liberté sous ses fenêtres et poussé

Discussion publique, N° 5, 21 lévrier.

des vociférations bien propres à l'affecter profondément. Il avait également souffert de pertes cruelles dans son cercle domestique, et la maladie, en s'emparant graduellement de son corps, l'éprouvait rudement. « Vous voyez déjà, disait-il un soir à l'un de ses collègues qui venait lui rendre visite, une moite de terre du cimetière de Saint-Laurent.» C'est en effet dans ce lieu de repos que la dépouille mortelle du premier pasteur de Lausanne, accompagnée d'une députation de l'académie et du corps des étudiants, fut confiée à la terre. Il y a peu d'années encore, avant qu'on eût transformé le cimetière en une gare de chemin de fer, qu'un cyprès marquait la place de la tombe du vénérable doyen.

Dans le cours de celte histoire nous avons beaucoup parlé de M. Gurtat. Nous pensons lui avoir rendu justice en le représentant comme un instrument d'élite entre les mains du Seigneur, mais nous n'avons pu ni dû cacher ses faiblesses, parce qu'elles ont exercé une influence incalculable sur la marche du réveil religieux dans notre patrie. Prédicateur éminent, homme d'une austère vertu , sa passion de l'autorité l'avait aveuglé au point de faire de lui l'adversaire le plus implacable de tout ce qui, en fait de religion et d'église, sortait des cadres officiels. Il ne fut pas compris et il ne comprit pas non plus; de là, chez lui, une irritation profonde que le temps ne réussit pas à calmer. Nous avons pu nous en convaincre en lisant son pamphlet de 1831 contre la liberté des cultes. Quoi qu'il en soit, le bien qu'il fut donné au doyen d'accomplir, et dont beaucoup de jeunes ministres furent particulièrement les objets, restera comme un beau témoignage rendu à la foi et à la piété de l'un des hommes les plus remarquables dont le clergé vaudois ait eu à s'honorer.

A la même époque que le doyen Curtat, mais un peu auparavant, avait disparu de ce monde un homme qui avait participé aux premiers mouvements du réveil dans notre pays, le pieux

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