CHAPITRE I
pasteur Brousson, mort à Fiez, à la fin de 1831. La première partie de cette histoire nous a déjà fait connaître cet homme de Dieu. Rappelons, en passant, que, dans les années 1829 à 1831, il publia de concert avec MM. L. Vulliemin et Chavannes un
Journal d'éducation à V usage des instituteurs et des pères de famille l.
En décembre 1827, M. Curtat avait remis une partie des prédications dont il était chargé à M. le ministre Philippe Bridel, et c'est ce même ministre qui, au mois de mai 1832, succéda au doyen, après avoir occupé pendant six mois seulement le poste de quatrième pasteur de Lausanne. Le Nouvelliste vaudois montra quelque mécontentement de ce choix. Bridel avait étudié d'abord à Genève, où il était né, mais il .avait achevé sa théologie et avait été consacré au saint ministère à Lausanne. Dès lors, il n'avait pas cessé d'habiter le canton de Vaud et d'y remplir dignement des fonctions pastorales ou pédagogiques. Se défiait-on peut-être de sa doctrine, et les félicitations que le Protestant de Genève avait adressées à l'église de Lausanne à l'occasion de l'appel du nouveau pasteur avaient-elles été mal interprétées? nous l'ignorons. Vingtcinq ans plus tard, M. Paul Monneron, collègue et ami de Philippe Bridel , faisant allusion à ces temps déjà reculés, écrivait ceci: « Bridel a toujours été un prédicateur orthodoxe, et nous ne pensons pas qu'on pût signaler dans aucun de ses sermons une seule erreur de doctrine ayant quelque gravité. Toutefois ceux qui purent suivre son développement religieux durent remarquer à cette époque (1832) que les grandes vérités de l'Evangile prirent une vie toute nouvelle dans son
1 On trouvera un sermon de M. Brousson dans le Recueil de sermons de divers ministres évangéliques du canton de Vaud, 1831.
cœur. Sa prédication s'en ressentit, elle devint plus complète, plus pressante, plus évangélique et en même temps plus simple encore qu'elle n'était auparavant1. » Le Nouvelliste se serait-il préoccupé à ce point de questions de doctrine ? Nous ne le pensons pas ; mais il est possible que Philippe Bridel ayant, jusqu'à la veille de sa nomination au poste laissé vacant par M. Curtat, fait partie du comité rédacteur de Y Ami de l'église nationale, ait été envisagé par le journal de M Monnard comme l'un des adversaires de la liberté religieuse, de cette liberté que l'honorable professeur et ses collaborateurs avaient pris à tâche de revendiquer par le moyen de la presse et à la tribune du grand conseil. Au reste, quelles qu'aient pu être à cette époque les vues de Philippe Bridel, nous savons ce qu'elles sont devenues dans la suite et cela doit nous suffire.
Dans la première partie de cette histoire, nous avons été appelé à considérer de près l'influence que le mouvement du réveil à Genève avait pu avoir sur le mouvement correspondant dans le canton de Vaud. Nous avons également signalé quelles relations les clergés des deux cantons soutenaient entre eux. En réalité, le clergé vaudois tenait en assez petite estime la doctrine du clergé genevois et, dogmatiquement, les pasteurs vaudois étaient, dans leur ensemble, opposés à la vénérable compagnie de Genève. A mesure donc que le nombre des ministres réveillés augmente dans le canton de Vaud, à mesure aussi le clergé vaudois se rapproche de la petite portion du clergé national genevois qui partage ses vues doctrinales. Il y avait en effet, parmi les pasteurs de Genève, quelques hommes
1 Notice biographique en tête des Méditations sur la passion, par Philippe Bridel,