‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 50 sur 171 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

que leurs convictions religieuses et les circonstances allaient mettre à la tête d'un mouvement ecclésiastique indépendant. Au milieu d'eux. Louis Gaussen, l'éloquent pasteur de Satigny, brillait au premier rang. Par la netteté de son orthodoxie, la fermeté de sa doctrine, la réalité de sa piété et la beauté de son imagination, il n'avait pas tardé à se faire une place à part et à exercer une action puissante. Par ses relations avec plusieurs des pasteurs vaudois les plus vivants, tels que L. Burnier, Jayet, G. Dapples, S. Thomas et d'autres, Gaussen avait avec le canton de Vaud des rapports étroits. Les visites qu'on lui rendait dans sa cure de Satigny, celles qu'il faisait lui-même à ses amis du dehors, ceux d'entre ses sermons qui se répandaient par la voie de l'impression, tout cela lui assurait une part dans le mouvement religieux du canton de Vaud. Estimé, aimé et apprécié de tous ceux qui l'approchaient, il était naturel que ses nombreux amis s'intéressassent vivement à ce qui le concernait lui-même. Or, en 1830, il s'éleva entre la compagnie des pasteurs et M. Gaussen un conflit dont l'origine ou le prétexte ne paraissait avoir qu'une importance secondaire. Il s'agissait d'un manuel catéchétique à l'usage duquel le pasteur de Satigny avait renoncé dans ses instructions religieuses aux enfants de sa paroisse et dont la compagnie exigeait de nouveau l'emploi général. D'une cause si légère en apparence naquit un débat dont l'issue finale devait être d'une extrême gravite. Au premier moment, II. Gaussen ne fut que censuré et privé pour un an du droit de siégera la compagnie. La majorité de ce corps, ne pouvant souffrir qu'une influence rivale se développât contre elle au sein de l'église nationale, reprenait ainsi l'œuvre d'élimination qui, commencée par le règlement du 3 mai 1817, et poursuivie contre Malan, devait aboutir enfin à la formation d'un troisième troupeau indépendant, plus nombreux et plus puissant que les deux premiers. Eu effet, des réunions libres ne tardèrent pas à s'établir dans le salon de Mmo Gaussen, la

mère, et de ce mouvement, entièrement étranger à la dissidence du Bourg-de-Four et à celle de M. Malan, naquit au mois de janvier 1831 la Société évangélique de Genève1.

Ce qui se passait à Genève ne pouvait manquer d'avoir quelque retentissement dans le canton de Vaud. Dès son premier numéro, la Discussion publique attirait l'attention de ses lecteurs sur le conflit qui venait de surgir entre M. Gaussen et la vénérable compagnie2.

La Société évangélique de Genève se proposait, comme toutes les sociétés de même nature, de concourir à l'avancement du règne de Dieu, en s'occupant des missions évangéliques, delà dissémination des Ecritures et de la circulation des traités religieux. Elle s'occupa aussitôt d'ouvrir un lieu de culte à la rue des Chanoines et d'établir des écoles. Bientôt on se demanda s'il n'était pas nécessaire de combattre sur le terrain de la science l'enseignement hétérodoxe donné à la faculté de théologie nationale, et, à la date du 10 septembre 1831, la Société évangélique annonçait aux églises, aux universités et à tous les fidèles de la chrétienté protestante, l'établissement d'une école de théologie évangélique. Une communication de même nature et de la même date était adressée à MM. les syndics et conseil d'état de la république de Genève.

La nouvelle école de théologie était à peine projetée que le Nouvelliste vandois en parlait à ses lecteurs3. La feuille vaudoise applaudissait à la liberté d'enseignement et blâmait fortement le Journal de Genève de ses principes intolérants; elle espérait cependant que le gouvernement du canton voisin resterait fidèle à ses antécédents libéraux. Le Nouvelliste plaidait la cause de MM. Galland, Gaussen et Merle, membres du clergé genevois, en même temps que du comité de la Société évangé-

1 Confér. Louis Gaussen, par César Pronier. (Chrétien évangélique, 1863.) '- Discussion publique, N° i, 1er janvier 1831. 3 Nouvelliste vaudois, N° 85, 7 octobre 1831.

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