CHAPITRE I
lique, et que le consistoire avait appelés à sa barre sans vouloir leur dire de quoi ils étaient accusés. Il estimait que la position du consistoire, partie, accusateur et juge, était digne des temps de barbarie. Il va de soi que la Discussion publique exprima le bonheur que lui causait la décision prise par la Société évangélique. « La nouvelle en sera reçue avec joie par les membres sincères de notre église nationale. Ils gémissaient depuis longtemps à la pensée que, si près de nous, et dans une église qui, jadis, eut des relations si étroites avec la nôtre, on enseigne depuis longtemps que le Seigneur de gloire, Jésus, notre Sauveur, n'est qu'une créature, que le Saint-Esprit n'est qu'un mot pour désigner les opérations de Dieu, et comme conséquence inévitable, que la rédemption n'est pas la délivrance éternelle par le sang de Christ. Désormais, Dieu soit béni , de meilleures choses s'enseigneront publiquement à •Genève1. »
VU
MM. Galland, Gaussen et Merle avaient été déférés par la compagnie des pasteurs au consistoire, parce que ces messieurs, en tant que membres de la Société évangélique, avaient participé à la création de la faculté indépendante de théologie. Mais MM. Galland et Merle ne remplissant point de fonctions pastorales étaient moins en vue que M. Gaussen. C'est ce dernier qui devait être le premier et le plus gravement frappé. En conséquence, le 30 novembre 4831, le conseil d'état de la république de Genève prenait, après la compagnie et le consistoire, un arrêté qui révoquait M. Gaussen de ses fonctions de pasteur de Satigny. Par cette mesure, la plus sévère que l'autorité ecclésiastique ou civile pût prendre contre un pasteur, on voulait en réalité atteindre M. Gaussen dans sa doctrine qui
1 Discussion publique, N° 24, 1er octobre.
était en opposition manifeste, non avec l'Evangile, mais avec la doctrine arienne de la compagnie. On voulait le punir d'avoir manifesté sans crainte sa sympathie pour le réveil, de n'avoir laissé monter dans sa chaire que ceux de ses collègues dont la parole était d'accord avec les doctrines fondamentales de l'Evangile, de s'être retiré du comité des missions quand il avait été appelé à y travailler avec des hommes dont les vues étaient foncièrement hostiles aux siennes. Ce qu'il y avait d'odieux dans cette mesure retombait essentiellement sur la compagnie, car le gouvernement s'était toujours montré plus tolérant pour les méthodistes que l'autorité religieuse, et, dans cette affaire, il balança pendant six semaines son jugement.
Dans un journal religieux qui se publiait alors au canton de Vaud, la Revue chrétienne, M. Vinet se plut à rendre compte des Mémoires adressés au conseil d'état de la république de Genève par M. Gaussen *. « Jamais, disait-il, ensemble de circonstances n'a été plus propre à transformer une déclaration de principes en une démarche importante, en un fait puissant, qui, quelque impression qu'en reçoivent les spectateurs, paraît à tous d'une portée indéfinie. La joie des adversaires de M. Gaussen est mélancolique ; la tristesse de ses amis rayonne d'espérance. Tous conviennent que la destitution d'un tel homme et l'interdiction des deux hommes distingués qui sont frappés avec lui n'est qu'un simple déplacement, qu'elle ne fait que leur ouvrir une autre sphère d'activité , que les institutions nationales avaient plus besoin d'eux qu'ils u'avaient besoin d'elles, et que leur puissance individuelle est un foyer dont l'action ne peut qu'augmenter dans la position isolée et indépendante qu'on vient de leur assigner2. » A la vérité, dans son appréciation si élevée et, en général, si juste du débat, Vinet a pu commettre
1 Genève et Paris, 1832.
4 Revue chrétienne, 1832, pag. 94.