‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 53 sur 171 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

germes de discorde enlre deux clergés faits pour s'estimer et s'aimer1. j> La lettre des pasteurs vaudois une fois écrite et connue, le Protestant prétendit que cette lettre avait eu de la peine à faire son chemin, que plus des trois cinquièmes du clergé vaudois avaient refusé de s'associer à cet acte d'hostilité. Il est possible, il est même probable que la démarche faite auprès de la Société évangélique de Genève par une partie du clergé vaudois avait rencontré quelque opposition dans le sein même de ce clergé, mais peut-être par des motifs tout autres que ceux imaginés par le Protestant. En tout cas, à cette époque, les doctrines affichées par le clergé genevois avaient fort peu d'adhérents au canton de Vaud, et les refus honorables de signer la lettre de sympathie ne pouvaient guère être envisagés comme des preuves de communion de doctrines avec ce clergé.

Nos lecteurs comprendront pourquoi nous nous sommes étendu, comme nous l'avons fait, sur les faits que nous venons de raconter. C'est à partir de cette époque qu'un rapprochement sensible s'opère sur le terrain dogmatique entre la partie réveillée du clergé vaudois et ceux des membres du clergé genevois qui relèvent dans leur patrie l'étendard de là confession de foi helvétique. Il ne s'agit pas ici de vues et de tendances ecclésiastiques. MM. Gaussen, Galland, Merle et leurs collègues de la Société évangélique ne sont pas des dissidents, ils ne songent pas même à former une église indépendante ; ils se considèrent comme membres de leur église nationale et prétendent demeurer fidèles à ses institutions comme à sa doctrine primitive et authentique. Les pasteurs vaudois de leur côté tendent la main de la fraternité à des hommes qui protestent contre des erreurs dogmatiques que l'église nationale vaudoise repousse formellement, et ces pasteurs ne songent point à se séparer eux-mêmes de leur église pour constituer une société religieuse

1 Protestant de Genève, N° 12, l«r novembre 1S32.

indépendante. Cette union sur le terrain dogmatique s'accusera plus nettement encore, quelques années plus tard, à l'occasion des fêtes du jubilé de la réformation de Genève. Nous aurons donc à revenir sur ce sujet.

Nous avons vu comment, en 1824, la dissidence était née et s'était constituée à la suite de l'adoption par le grand conseil de la loi du 20 mai. Nous savons également quel rôle joua alors, dans la formation de la nouvelle église, le ministre Jean- David- Alexandre Chavannes. Il avait été l'un des plus ardents, l'un des plus convaincus. Cependant il ne devait pas rester fidèle jusqu'au bout, nous ne disons pas à ses convictions religieuses, mais à ses vues ecclésiastiques. Nous ignorons du reste sous quelle influence ses idées sur ce sujet se modifièrent. Toujours est-il que, le 21 juin 1833, il adressa à l'académie une lettre expliquant pourquoi il demandait à être réintégré dans les rangs des ministres de l'église nationale. Entre autres choses, voici ce que nous lisons dans cette lettre : « Malgré les imperfections de notre église, malgré l'incrédulité et la conduite d'un grand nombre de ses membres, elle est loin cependant de devoir être assimilée aux églises dont un vrai protestant se tiendra à jamais éloigné; ses institutions laissent peu de choses à désirer ; la Parole de Dieu y est fidèlement conservée ; le pur Evangile peut y être prêché librement et les sacrements y sont administrés d'une manière conforme à l'ordonnance de Dieu. » M. Chavannes disait « avoir compris que les défectuosités que renferme le catéchisme n'étaient pas telles que ce livre ne pût servir entre les mains d'un pasteur à l'enseignement de notre sainte religion ; qu'il ne fallait pas s'exagérer, comme il l'avait fait, les avantages d'une discipline minutieuse, ni surtout ceux d'une discipline coercitive, laquelle le

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