‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 58 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tani de Lemé (France), et un quaker américain du nom de Grelet. « Voyez, disait le premier de ces orateurs, combien l'œuvre de l'Eternel a été grande dans la manière dont il réveille l'esprit des missions dans son église! 11 y a quelques années que cet esprit était endormi, mais l'église s'est réveillée comme un guerrier. Oui, de tous côtés l'église se prépare au combat... L'œuvre du Seigneur est grande. Il y a douze ou quinze ans tout était dans le sommeil; peu d'âmes cherchaient avec ardeur les eaux vives. Il y avait sans doute des enfants de Dieu, mais à peine manifestés; mais le Seigneur a fait souffler un esprit de vie sur ce pays, sur son église. Elle s'est réveillée ; beaucoup d'àmes se sont réveillées à salut l. » « Quels admirables changements, disait encore M. Colani, le Seigneur n'a-t-il pas opérés dans cette ville depuis vingt ans que je l'ai quittée ! •Alors, à très peu d'exceptions près, tout était plongé dans la mort spirituelle. Maintenant, par la grâce de Dieu, la vie de Christ se manifeste presque partout... Il n'y a peut-être pas un pays dans la chrétienté où l'on trouve, proportion gardée, autant de ministres convertis que dans votre canton. » M. Grelet entretint l'assemblée de l'état spirituel des nombreuses nations qu'il avait visitées et des réveils extraordinaires et admirables dont l'Amérique était alors le théâtre.

Toutefois, à côté de ces témoignages de satisfaction, on fit entendre aussi quelques plaintes sur la langueur trop générale et sur le peu d'appui qu'on rencontrait dans le pays.

Pendant cette période , le nombre des sociétés évangéliques continue a s'accroître. En 1832 ou 1833, il s'en forme une à Aigle, et elle ne sera pas moins active que ses sœurs : elle travaillera en particulier à faire pénétrer l'Evangile dans le Valais. A Yverdon, c'est le 6 mai 1833 que la Société évangélique se constitue. Elle s'occupe aussitôt à répandre des Bibles et des

* Discours du pasteur Gauthey, à l'assemblée des missions, 1832.

traités religieux, à exciter l'intérêt pour l'œuvre des missions et elle fonde une bibliothèque religieuse.

Aux sociétés déjà existantes, d'autres viendront se joindre dans la suite, et le canton finira par être couvert d'un réseau d'associations de même nature, foyers de vie et d'activité religieuse. La liberté dont on jouissait de fait, et dont on continuerait à jouir après un moment d'arrêt causé par le violent orage de 1833, permettait cette multiplication des œuvres auxquelles le réveil avait donné naissance.

Mais, tout en gagnant en étendue, le réveil pouvait courir le risque de perdre en profondeur et de s'affaiblir. Ce danger n'était point illusoire ; il était entrevu et redouté par les hommes les plus perspicaces en même temps que par les plus zélés. A plus d'une reprise déjà, des voix d'avertissement s'étaient fait entendre. Il fallait entretenir le réveil, le réchauffer, l'alimenter sans relâche, et parmi les moyens les plus efficaces d'atteindre ce but, on devait compter les réunions de prières et de culte, l'exposition publique et multipliée des vérités et des devoirs de la religion.

C'est dans cette pensée que se forma à Lausanne un comité qui devait pourvoir à ce que l'Evangile fût prêché régulièrement chaque dimanche dans cette ville. La première séance de ce comité eut lieu le 1er novembre 1831, sous la présidence de M. Théod. Rivier. MM. Jayel, van der Muelen et S. Thomas étaient adjoints au président comme membres du comité. Le dernier de ces frères remplissait les fonctions de secrétaire.

Les Acta nous apprennent que le comité ne voulait entrer dans aucune question de gouvernement d'église, et que, sans nul esprit de parti, il agirait en toute indépendance de l'église dissi-

Page 1