CHAPITRE II
dente qu'il ne regardait pas comme le noyau auquel il devait se rattacher, comme la tête qu'il avait à consulter.
Dès la seconde séance, le comité décida d'appeler un frère ministre pour prêcher régulièrement. Mais la difficulté était de trouver ce frère. Successivement MM. Germond, Gauthey, Piler,, de Francfort, L. Burnier, Adolphe Monod, de Lyon, A. Voruz, Bauty, déclinèrent les offres qui leur furent faites. On se résigna donc à avoir des prédicateurs bénévoles et officieux. Dupraz offrit un service de quinzaine; Alex. Chavannes fut invité à prêcher lorsqu'on ne trouverait personne pour les dimanches vacants. Pendant longtemps on eut quelque peine à pourvoir aux prédications. Dans la suite, M. G. Fisch rendit de bons services, jusqu'au jour où, en 1834, M. Frédéric Chavannes, ayant été appelé définitivement comme prédicateur en titre, accepta sa nomination.
Les frais qu'entraînerait le nouveau culte devaient être couverts par des collectes dans les réunions. On loua dans le quartier de Saint-Laurent la salle de Mauborget, bien connue plus tard sous le nom de V Oratoire, et les prédications commencèrent le 29 juillet 1832.
Le comité pour la prédication de l'Evangile à Lausanne était à peine formé qu'il s'occupa de fonder une école et de chercher un régent. M. Girardet, à Morges, s'étant offert pour remplir ces dernières fonctions, fut agréé par le comité. Trente-six enfants se présentèrent aussitôt et les Acta constatent à diverses reprises la prospérité de l'école, que surveillait encore un comité de dames. Mais, dès 1836, celte école ne ressortit plus au comité qui l'avait établie et elle passa complètement dans les mains de M. Girardet1.
Les prédications de l'Oratoire de Mauborget furent dès le début très suivies, et cette fréquentation d'un culte extra-officiel
1 Acta du comité pour la prédication de l'Evangile à Lausanne, 1831-1836.
et supplémentaire prouva que, malgré les secours religieux offerts par l'église nationale à ses membres, il y avait encore place au milieu de nous pour une activité plus libre. Il existait des besoins que les services réglementaires ne satisfaisaient pas complètement. C'est ce qui explique, et, au besoin, ce qui justifierait une entreprise que l'on serait tenté d'envisager comme superflue. Mais le but que le comité se proposait paraît avoir été, non pas simplement de pourvoir à des besoins que le culte officiel n'avait pas en vue, mais encore et surtout, comme il le disait, de faire en sorte que l'Evangile fût prêché régulièrement chaque dimanche. N'était-ce donc pas le cas à Lausanne, à l'époque où le comité se constitua? Y avait-il des dimanches où l'Evangile dans sa pureté et sa plénitude n'était pas annoncé du haut des chaires nationales ? Il y a lieu de le croire, quand même à l'heure qu'il est nous ne nous rendons pas parfaitement compte des lacunes qui pouvaient se rencontrer dans la prédication de tel ou tel des pasteurs alors en fonctions. Tout au moins pouvons-nous enregistrer ici ce vœu de la Revue chrétienne qu' « on remplisse dans la chaire nouvelle une lacune qui se trouve peut-être dans quelques autres, et qui est une tache du réveil actuel.... la prédication du devoir1. »
A la vérité, on avait bien manifesté dans le public religieux quelques préventions et quelques craintes. Plus d'une personne avait cru voir dans le nouvel établissement de prédication une rivalité, une affaire de parti ; des nationaux avaient craint que ce ne fût une porte ouverte pour appeler les ministres de l'église nationale à en sortir. Ce qui prouvait combien cette crainte était chimérique, c'est que des dissidents avaient aussi craint, et avec plus de raison sans doute, que leur chapelle ne fût un peu délaissée. Ils avaient compris que ces prédications étaient éminemment dans les vrais intérêts de l'église nationale.
1 Revue chrétienne, 1832, pag. 415.