CHAPITRE II
Cependant la pensée de ces prédications, dépouillée de tout esprit de parti, avait germé et s'était développée dans un sol supérieur à toutes ces petites rivalités, à toutes ces distinctions. L'accroissement du peuple de Dieu, de ce peuple invisible qui se trouve au milieu de toute nation, qui s'élève dans les églises nationales aussi bien que dans les dissidentes, tel était le but des membres du comité de prédication, tels étaient le désir et l'espérance de tous ceux qui se proposaient de monter dans a nouvelle chaire. Ils ne voulaient y faire d'autre guerre que la guerre au monde, à ses fausses maximes et à ses œuvres mauvaises *.
La littérature révélant toujours plus ou moins l'état moral d'un peuple, il est certain que la littérature religieuse devra être envisagée comme un indice des préoccupations spirituelles ou ecclésiastiques qui agitent un pays à un moment donné. Nous ne saurions donc nous dispenser de jeter un coup d'œil sur les publications religieuses qui ont vu le jour, chez nous, pendant la période que nous étudions.
Nous avons trop longuement parlé de la Discussion publique et de V Ami de l'église nationale, pour qu'il nous soit nécessaire d'entretenir de nouveau nos lecteurs de ces feuilles nées sous l'influence de circonstances particulières. Mais au moment où ces deux journaux cessaient de paraître, c'est-à-dire au commencement de 1832, une nouvelle publication périodique faisait son apparition à Lausanne. C'était la Revue chrétienne et journal religieux du canton de Vaud. Elle avait pris pour épigraphe cette parole significative : In neccssariis, imitas; in dubiis, libertas; in omnibus, caritas. Parmi les sujets que la Revue se proposait de traiter se trouvait le développement du grand
1 Conf. Revue chrétienne, 1832, pag. 415-418.
principe de la liberté des cultes, et, en tant que journal religieux du canton de Vaud, elle devait renfermer des articles relatifs à la position actuelle de l'église vaudoise.
Les éditeurs de la Revue chrétienne étaient tous pasteurs et ministres dans l'église nationale du canton de Vaud et tenus, par conséquent, à ne rien enseigner de contraire à la confession de foi helvétique. C'était là leur règle d'enseignement. Au point de vue de la nature de l'église, ils déclaraient différer tous de leurs frères actuellement séparés de l'église nationale. Ils ne voyaient dans l'Ecriture ni ordre ni défense relativement à une alliance de l'église et de l'état. Mais s'il y avait entre eux des divergences de vues à cet égard, ils étaient unanimes sur la question de la liberté religieuse. A ce titre, et à d'autres encore, la Revue chrétienne reprenait la tâche que la Discussion publique s'était prescrite , mais avec plus d'homogénéité encore dans la collaboration et plus d'unité dans les efforts communs. Les signataires de la déclaration de principes renfermée dans le prospectus de la Revue étaient : MM. Dapples, pasteur à Lutry ; Manuel, pasteur à Lausanne ; Burnier, pasteur à Rolle ; Gauthey, pasteur à Lignerolles ; Germond, pasteur à Sainte- Croix; Creux, ministre à Lausanne ; Péclard, ministre à Lausanne l.
La Revue chrétienne, qui eut l'honneur de compter Vinet parmi ses collaborateurs, ne vécut pas plus d'une année, mais elle se continua en 1833 dans la Gazette évangélique, journal de la Suisse française. Seulement, cette dernière feuille parut d'abord à Genève2. Ce ne fut que deux ans après, à partir du
1 La Revue chrétienne était imprimée chez S. Delisle, et elle avait son bureau à la descente de Pépinet, N° 29.
:Chez Mme Sus. Guers.