‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 7 sur 171 · CHAPITRE J · texte numérisé non relu

CHAPITRE J

au besoin légitime de liberté, cette loi avait aggravé la situation. Aussi, aucun nuage n'avait encore paru à l'horizon politique, que déjà Ton se préparait de divers côtés à revendiquer avec énergie la liberté religieuse, en même temps que l'abrogation d'une loi qui en était la honteuse négation.

Le 1er janvier 1831 devait paraître le premier numéro d'un journal dont le titre déjà indiquerait suffisamment le but et les tendances. La Discussion publique sur la liberté religieuse ci vu le gouvernement de V église*, fondée par des membres de l'église nationale, était essentiellement l'organe de son rédacteur, M. L. Burnier. pasteur à Rolle. Aux yeux de ce dernier, comme à ceux de ses collaborateurs, le temps était venu d'agiter parmi nous la question de la liberté religieuse. Dans ce moment de crise, où le monde entier faisait effort vers la liberté, et où nulle part, en Suisse, la liberté religieuse ne se trouvait dans sa plénitude, les amis de cette liberté n'avaient pas un instant à perdre ; ils devaient se montrer, et cela d'autant plus, qu'au fond la cause de la liberté des cultes pouvait être dès maintenant envisagée comme gagnée et la révocation prochaine de la loi du 20 mai 18*24 comme résolue.

La Discussion publique réclamait donc , non-seulement la liberté des cultes, mais encore l'égalité entre les cultes ; elle voulait que cette liberté fût inscrite dans la nouvelle constitution ; elle demandait qu'une profonde ligne de démarcation fût tirée entre l'ordre civil et Tordre religieux, afin que l'un ne pût jamais envahir l'autre.

Il y avait à peine quinze jours qu'elle était née, que, dans

1 La Discussion paraissait le premier de chaque mois eu deux demi-feuilles grand in-4. Cependant l'abondance des matières fut d'ordinaire telle, qu'il parut encore un grand nombre de feuilles supplémentaires. Le bureau du journal était situé dans la maison de Sévery. en face du Casino. Le premier numéro ne parut en réalité que quelques jours après le 1er janvier, parce qu'après la révolution du 18 décembre le rédacteur hésita à donner cours à son entreprise, conçue cependant depuis plusieurs mois déjà.

un Essai sur l'article 36 de la constitution de i8i4 (article maintenu dans la révision de 1830 la Discussion proposait que, pour prévenir le retour des anciens maux, on déclarât franchement la liberté des cultes. Nos constituants, — ainsi s'exprimait ce journal, — décréteront clairement et en tout premier lieu que les citoyens ont, devant la loi, le droit de rendre à Dieu tel culte qu'il leur plaît. En outre, deux articles de la nouvelle constitution devaient être ainsi conçus ou à peu près : La constitution n'admet aucune religion de l'état. Celui-ci salarie les ministres de tous les cultes, s'ils remplissent les conditions civiles déterminées par la loi ; a moins qu'il ne préfère n'en payer aucun. Nul citoyen ne peut en sa qualité de magistrat et de membre de la société civile être appelé par la loi à des fonctions religieuses et ecclésiastiques ; réciproquement, nul ne peut, en sa qualité de ministre du culte, ou de membre d'une certaine église, être appelé par la loi à des fonctions civiles et politiques*. L'auteur de l'article auquel nous empruntons ces citations pensaitil vraiment que la constituante affirmerait des principes aussi avancés et aussi catégoriques ? Voulait-il peut-être demander le plus afin d'obtenir le moins ? Quelle que fût son intention, il se faisait sans doute des illusions sur la composition possible de la future constituante et sur les dispositions probables des législateurs. Ceux-ci, il est vrai, n'étaient pas encore nommés, mais pourquoi la majorité d'entre eux aurait-elle été plus avancée que la masse du peuple ne l'était elle-même? Pour qui connaissait le rédacteur en chef de la Discussion publique, il n'y avait pas de doute qu'il ne suivît son programme jus-

1 « La religion évangélique réformée est la religion du canton. La constitution garantit aux communes catholiques et mixtes d'Echallens, Assens, Boltens, Bioley-Orjulaz, Etagnières, Poliez-le- Grand, Poliez-Pittet, St-Barthélemy et Bretigny, Villars-le Terroir, et Malapalud, l'exercice de la religion catholique, tel qu'il a été usité jusqu'à présent. »

2 Discussion publique, n° 2, 15 janvier.

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