‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 61 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

1er janvier 1835, que son bureau fut fixé à Lausanne1, et que le siège de la rédaction fut transporté à Vevey. Des raisons de santé nécessitèrent ce dernier changement. Du reste, au commencement de 1836 déjà, la Gazette évangélique cessait de paraître et son dernier numéro porte la date du 19 février de cette année-là.

La Gazette évangélique offrait à ses lecteurs des morceaux originaux sur l'histoire, la doctrine, la vie chrétienne, la constitution de l'église, une revue destinée à faire connaître ce qui paraissait de plus utile en Angleterre, en Amérique et surtout en Allemagne, une chronique religieuse consacrée particulièrement au réveil et au mouvement chrétien contemporain. A côté des études bibliques, la question d'église occupa toujours une grande place dans la Gazette, dont les lecteurs furent tenus très au courant de ce qui se passait dans ce domaine en Suisse et à l'étranger. Mais le caractère de ce journal était moins polémique que celui de la Discussion, et il exposait les doctrines religieuses et ecclésiastiques plus volontiers qu'il ne les débattait contradictoirement.

Comme témoignage de la communauté de vues et d'efforts qui tendait à s'établir de plus en plus entre les chrétiens réveillés des diverses contrées de la Suisse française, la Gazette évangélique mérite une mention particulière. Elle servit à rapprocher et à vivifier. La dernière année cependant, elle se consacra davantage aux intérêts du réveil dans le canton deVaud, et le journalisme religieux eut son centre plutôt dans ce dernier canton qu'à Genève et à Neuchâtel.

En septembre 1831, commença à Paris la publication d'une feuille hebdomadaire qui devait avoir la plus grande influence sur le mouvement religieux contemporain. C'était le Semeur. Nous ne saurions passer sous silence une publication d'une

Cliez M. Ducloux, en face du Casino.

valeur aussi considérable et qui devait si fortement contribuer à ouvrir au réveil des voies nouvelles. A la vérilé, le Semeur n'était pas un journal vaudois ou suisse, mais il appartenait à notre canton par Vinet, qui en fut, dès l'origine, l'un des collaborateurs les plus actifs et certainement le collaborateur le plus influent. « On peut dire que ce fut son journal, qu'il en détermina le caractère et en assura le succès, et que les collaborateurs distingués qui y ont travaillé à côté de lui ont toujours senti, reconnu et accepté cette domination du talent1. »

Pour se rendre exactement compte de l'action exercée sur le mouvement religieux postérieur à 1830 par un journal comme le Semeur, il faudrait étudier Vinet lui-même, auquel, sur ce théâtre, les premiers rôles appartenaient de droit. Nous sommes amené ainsi et tout naturellement à parler des premiers volumes de discours religieux publiés par notre illustre compatriote.

En 1830, Vinet imprima, sans nom d'auteur, deux sermons : l'Intolérance de V Evangile et la Tolérance deV Evangile. Ce furent ses premières publications en ce genre. Elles portent la trace des préoccupations de l'époque ; il fallait signaler et stigmatiser l'esprit de persécution dans le monde aussi bien que l'étroitesse chez certains chrétiens ; il fallait en même temps montrer de quelle nature était la largeur de l'Evangile et quelle était la nullité de la foi d'autorité. A l'appui de ce que nous disons, citons la page suivante :

Jésus a disparu de la terre, on ne peut plus suivre sa personne; mais, dans le sens spirituel que nous avons expliqué, on est facilement porté à croire qu'on le suit mieux que d'autres ne le suivent ; telle église, telle communauté se flatte d'être plus près de lui que toutes les autres ; telle

1 Ed. Schérer, Alexandre Vinet, pag. 123.

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