‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 62 sur 171 · CHAPITRE II. lit · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. lit

église, telle communauté croit que pour suivre Jésus il faut être avec elle, faire partie de son corps, se joindre à la société qu'elle forme, épouser ses intérêts, arborer sa bannière; telle église, telle communauté, semble dire encore, comme du temps d'Esaïe, ces paroles pleines de présomption et d'aigreur: « Retirez-vous, n'approchez point de nous, car nous sommes plus saints que vous » (Esa. LXV, 1); et, du plus au moins, on voit mettre en pratique cette proposition qui nous révolte si fort dans les doctrines d'une communion dont nous nous sommes séparés : hors de notre église, point de salut.

Et cependant, mes frères, il est certain d'abord qu'aucune église ne peut se flatter d'être exempte de taches et d'imperfections; aucune église ne peut s'offrir pour modèle accompli à toutes les autres; aucune église, par conséquent, ne peut prétendre que hors de son sein il ne soit pas possible d'appartenir à Jésus. 11 faut donc, de toute nécessité, que, pour juger ceux qui ne sont pas de son corps, elle recourre à une tout autre épreuve qu'à l'épreuve grossière d'ouvrir ses registres, et de voir si tel nom s'y trouve ou ne s'y trouve pas K

Les deux sermons sur l'Intolérance et la Tolérance de V Evangile ne furent pas introduits dans le volume de Discours que Vinet livra l'année suivante au public. Cette première édition des Discours en renfermait quatorze; la seconde édition (1832), vingt, parmi lesquels se trouvaient les deux discours primitifs. Le titre même du volume de 1831 n'avait pas été choisi par Vinet qui le trouvait prétentieux, et qui rétablit, dès la seconde édition, le complément qu'une inadvertance ou un calcul de l'éditeur avait fait supprimer. Ces deux éditions des Discours sur quelques sujets religieux diffèrent par le nombre des morceaux qu'elles renferment, par l'ordre même de ces morceaux qui est quelquefois interverti, et par quelques modifications de détail. Pour le fond, elles sont identiques, et l'auteur pouvait, presque sans y rien changer, reproduire dans la seconde édition les réflexions préliminaires par lesquelles s'ouvrait la première.

Les discours de Vinet excitèrent vivement l'attention du

1 La tolérance de l'Evangile, Discours sur quelques sujets religieux, pag. 294 de l'édition de 1832 ; 242 de celle de 1845.

protestantisme français par ce qu'il y avait alors d'original et de hardi dans cette parole annonçant des vérités devenues bientôt familières. L'auteur disait lui-même qu'il avait cherché à rendre le christianisme recommandable à la raison de ses auditeurs1, tandis que, dans la seconde partie de la seconde édition, il revendiquait les droits du christianisme en parlant de la conversion.

Il ne sera pas sans intérêt pour nos lecteurs de retrouver ici quelques-unes des appréciations dont les discours de Vinet furent l'objet dans la patrie même de leur auteur et au moment de leur apparition.

La Feuille religieuse du canton de Vand s'exprimait ainsi en annonçant la première édition des Discours : « Les hommes, las de cette frivole incrédulité qui n'opposait à la voix de Dieu que des plaisanteries, cherchent plus que jamais une lumière qui puisse tout à la fois satisfaire aux prétentions légitimes de leur intelligence, et les éclairer dans ce chemin obscur qui les conduit hors de la vie sans qu'ils sachent où ils tomberont. M. Vinet leur offre cette bonne parole qui donne la science aux simples, et il leur prouve que l'Evangile est la seule philosophie satisfaisante, la seule qui réponde à la fois à tous les besoins de l'homme2. »

L'année suivante, le même journal consacrait un article beaucoup plus long et plus complet à la seconde édition des Discours.

Ce qui nous frappe le plus en lisant ces Discours, c'est d'abord leur originalité. Nous n'y trouvons jamais rien de commun, de rebattu. C'est bien toujours la vérité divine, vérité toujours ancienne et toujours nouvelle qui y est annoncée, mais elle y est annoncée sous les formes individuelles qu'elle a revêtues dans l'esprit de M. Vinet. 11 est évident qu'il

1 La nécessité de devenir enfant.

* Feuille religieuse, 1832.

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