‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 63 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

n'a pas accepté de système religieux fait de main d'homme. Il a ouvert la Bible et il a beaucoup pensé. De là ces aperçus nouveaux, ces peintures énergiques, ces appels pleins de force, ces applications inattendues, cette adaptation si heureuse de l'Evangile à l'état de l'homme et à celui de la société. On voit au premier coup d'œil que M. Vinet s'est prêché la vérité à lui-même avant de la prêcher aux autres; car le chrétien profondément convaincu apparaît dans son livre tout autant et peutêtre plus que l'auteur ou le prédicateur.

Un second caractère de ces Discours, c'est la précision presque mathématique avec laquelle M. Vinet traite les grandes questions religieuses et morales qui sont l'objet de son livre. Sous sa plume, la science de la religion devient presque une science exacte, qu'il fait à la fois comprendre à l'esprit, sentir au cœur, pénétrer dans la conscience. Il ne marche jamais à l'aventure. Il n'a jamais rien de vague, ni d'obscur, quoiqu'il soit souvent abstrait, toujours élevé et quelquefois d'une concision qui l'empêche peut-être d'être à la portée de tous les esprits.... Si vous lisez et relisez M. Vinet jusqu'à ce que vous l'ayez bien compris, votre esprit ne peut guère lui résister. Les principes dont il part sont si incontestables, et les conséquences qu'il en tire si justes, qu'à moins de jeter son livre ou d'en détourner votre attention, il faut que votre intelligence du mains se laisse conduire là où il veut la mener.

Enfin, nous aimons à voir M. Vinet convertir au profit de la cause qu'il plaide les connaissances si diverses qu'il a acquises, ainsi que les observations que lui suggère l'état de la société et la grande crise politique et morale dont nous sommes les témoins. Nous aimons à le voir amener sous les étendards de la vérité tous les auxiliaires qu'il peut y amener. Le passé, le présent, l'histoire, la philosophie, les sciences, les progrès et les bouleversements de la société, ainsi que les fléaux de Dieu viennent tour à tour, sous sa plume habile, prêcher l'Evangile, en faire sentir le besoin, en manifester l'efficace et le montrer à l'humanité comme le grand remède à cette grande maladie morale sous laquelle elle gémit et se travaille. Son livre, se rattachant par une multitude de fils divers aux grandes questions et aux grands intérêts qui occupent et préoccupent aujourd'hui la plupart des esprits, est admirablement adapté aux événements et aux hommes de notre époque1.

Nous avons tenu à reproduire ces pages si sympathiques de

* Feuille religieuse, 1833.

MOUVEM. RELIG. Ut 8

la Feuille religieuse parce qu'elles prouvent quelle communion de doctrines existait alors entre Vinet et les hommes du réveil dont la Feuille était l'organe. C'est du reste ce que M. Schérer constate lui-même lorsqu'il dit : « Le fond de la doctrine de Vinet en 1831, c'est la doctrine du réveil1. » La Revue chrétienne n'exprimait pas une satisfaction moindre que la Feuille religieuse, en parlant des « discours si fidèles, si forts de pensée et de raisonnement, » du « profond penseur, du logicien habile, autant que de l'éminent écrivain. » Le Nouvelliste vaudois, par la plume du pasteur Manuel, avait déjà salué dans les Discoursune a nouvelle application de la philosophie à la religion2. » Vinet rencontrait donc dans le canton de Vaud un accueil empressé de la part de tous ceux qui, au point de vue politique comme au point de vue religieux, voulaient la liberté. Il y rencontrait un appui auquel lui-même allait donner une base plus large et plus solide, et l'on peut dire qu'à partir de ce moment il se mettait à la tête du mouvement religieux dans ce que celui-ci avait de plus sain. Les attaques mêmes dont les Discours sur quelques sujets religieux furent l'objet dans l'un des cantons de la Suisse française où le réveil se faisait le plus sentir, prouveraient au besoin le regret que plusieurs éprouvaient à voir Vinet dans les eaux de l'orthodoxie. C'est ainsi que le Prolestant de Genève, après avoir donné de justes éloges aux « discussions éloquentes, à la portée seulement des esprits développés et méditatifs, à l'abondance et à la profondeur des idées unies à une piété entraînante et à un admirable talent de style, » faisait des réserves très significatives et déplorait que la religion de M. Vinet fût « empreinte d'une sévère orthodoxie, » entachée de « principes exclusifs, » compromise par « des raisonnements faibles et surtout des faits inexacts3. »

1 E. Scherer, Alexandre Vinet, pag. 100.

*• Nouvelliste vaudois, N° 15, 21 février 1832, Supplément.

3 Protestant de Genève, 1er décembre 1832.

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