CHAPITRE II
Mais Vinet, tout en adoptant les doctrines prêchées par le réveil, devait insister sur un élément que la nécessité de présenter fortement le dogme avait peut-être fait trop négliger, l'élément moral. Ses premiers discours étaient essentiellement apologétiques, mais il y développait déjà avec une certaine affection l'argument qui se tire de la rénovation morale de l'homme par l'Evangile. Il s'attachait déjà et il s'est dans la suite toujours plus attaché à montrer quels sont les rapports du dogme avec la morale; et quelle énergie celle-ci emprunte à celui-là. « Il se transporte au centre môme de la doctrine chrétienne telle qu'il la conçoit, il étudie les effets moraux de cette doctrine, et c'est dans la puissance régénératrice de l'Evangile, dans sa vertu comme mobile d'une vie nouvelle qu'il trouve la démonstration de sa divinité » Ainsi, en prenant la tête du mouvement, Vinet lui imprimait en réalité une tendance nouvelle et il y avait dans son intervention, si heureuse et si nécessaire, quelque chose qui ressemblait à une réaction, mais à une réaction par développement et non par négation ; la relation directe et immédiate de l'individu et de la conscience individuelle avec la vérité éternelle, déjà indiquée, sera de plus en plus mise en saillie par lui. « Plus que personne il a insisté sur le caractère profondément humain du christianisme et sur son admirable adaptation à tous les besoins les plus relevés de notre nature 2. » C'est ainsi que Vinet préparait les esprits à plus de largeur. Il voulait un élargissement de la pensée chrétienne et il y travaillait avec succès.
Auguste Rochat avait déjà publié plusieurs sermons détachés, lorsqu'il fit paraître en 1832 le volume intitulé : Méditations sur
1 E. Scherer, Alexandre Vinet, pag\ 99.
* Astié, Esprit d'Alexandre Vinet, tom. I, pag. xxviii.
quelques portions de la Parole de Dieu, adressées 'particulièrement aux fidèles \ Ce recueil, imprimé à 2000 exemplaires, fut tellement apprécié, que six ans après il s'en fit une seconde édition tout aussi forte que la première. A l'apparition de ce volume, la Feuille religieuse se hâta de reconnaître la vraie et solide édification qu'il pouvait offrir aux âmes chrétiennes. « Le choix des sujets, disait-elle, et la manière dont ils sont traités tendent principalement à la consolation et à l'affermissement des fidèles. » De son côté, la Revue chrétienne bénissait Dieu de ces méditations dont on pouvait dire : « C'est la prédication de la Parole de Dieu. » Toutefois, la Revue, comme la Feuille, blâmait l'auteur de ce que, dans un tel ouvrage, il avait cru devoir aborder des questions secondaires, la dissidence, la guerre, la peine de mort. M. L. Burnier, dans sa Notice sur Auguste Rochat2, nous a dit comment Vinet jugeait le volume des Méditations et il pense que ce qui excitait l'admiration du littérateur et du philosophe chrétien c'était « cette simplicité parfaite et si noble, ces détails familiers et graves tout à la fois, ce tact fin de la charité, ce discernement des esprits, cette connaissance de l'humaine faiblesse, ce cœur toujours ouvert et servant d'organe à la pensée ; tout cela enfin résultant de ce que l'homme ne voulait pas être autre chose que l'humble et fidèle interprète de la Parole de Dieu. » Quiconque, en effet, a lu ou lira ces Méditations de Rochat, y reconnaîtra une abondante connaissance de la Parole de Dieu et du cœur humain, une grande richesse de développements et d'applications, des vues souvent très fines. L'auteur se tient toujours très près de l'Ecriture, si près même que, parfois, on pourrait trouver qu'il la prend trop à la lettre. Et quant au reproche adressé à Rochat d'avoir abordé des questions secondaires, on comprend que la tentation
1 Neuchâtel, chez J.-P. Michaud.
» Pag. 138.