‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 69 sur 171 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Bibles, nos psautiers, nos catéchismes, nos recueils de passages. Heureusement que des mesures répressives, promptement employées, prévinrent cet acte de folie et que le préfet de Moudon, en se transportant sur les lieux avec quelques gendarmes, réussit à empêcher les désordres que l'indignation publique n'aurait pas manqué d'exciter. » « On peut, ajoutait la Gazeltede Lausanne à laquelle nous empruntons textuellement ce récit , pardonner aux sectaires leur absurde dissidence, eurs longues barbes et toutes ces mômeries qu'ils appellent de la religion, mais quand elles s'étendent jusqu'au désordre, quand elles inquiètent la société, quand elles menacent le repos public, la loi doit alors déployer toute son énergie1. »

La loi, dont la Gazette de Lausanne réclamait l'emploi, ne 30uvait cependant rien contre les faits dont quelques dissidents d'Yverdon et de Lucens venaient de se rendre coupables. Aussi n'y eut-il aucune poursuite judiciaire dirigée contre eux. Seulement, si la loi civile demeurait désarmée, le scandale d'Yverdon ne devait pas rester sans répression ecclésiastique. Au fond, l'église d'Yverdon « qui, dès l'origine, s'était distinguée par une âpreté d'autant plus forte que le cercle de ses idées était plus borné2, » en était arrivée à un état d'opposition avec les autres communautés dissidentes. Celles-ci s'élevèrent donc contre cette exaltation et contre le titre d'apôtre pris par Lardon. Leurs représentants se réunirent à Uolle, le 1er mars, et huit jours après, six délégués des églises se rendirent à Yverdon pour y faire entendre de sérieuses paroles. M. François Olivier avait été désigné par le sort pour être l'interprète de

1 Gazelle de Lausanne, N° 18, 2 mars 1832. * Nouvelliste vaudois, N° 17, 28 février.

tous et la protestation eut lieu inopinément dans la réunion du dimanche matin. Ce fut le coup de mort des écarts naissants et un coup de foudre pour Lardon. L'église d'Yverdon consternée ne fit entendre que des répliques incohérentes. La députation se retira. Dès lors l'église ne fit que dépérir et peu après Lardon lui-même mourait dans un accès de fièvre chaude *. Ses disciples, ceux qu'on appelait toujours les lardonistes, se décidèrent à quitter Yverdon, et leur chef, un nommé l'Eplattenier, ayant cru qu'il fallait émigrer, emmena ses adhérents à Genève. En 1838, l'église, qui s'était dite universelle, contenue tout entière dans la rotonde d'une diligence, prenait la routede Lyon où elle devait s'éteindre ignorée. C'est ainsi que l'église d'Yverdon, qui s'était signalée par sa vie, son dévouement aux intérêts de Christ, son union entre les frères, en était arrivée à des excès de rigueur en discipline, à des extravagances religieuses, en outrant le principe de séparation et d'imitation des églises apostoliques2.

Les scènes d'Yverdon ne pouvaient en aucune façon recommander les principes de la dissidence, car, alors même que les églises dissidentes fussent congrégationalistes, on établissait entre elles, bon gré mal gré, une solidarité qu'elles-mêmes ne pouvaient repousser absolument et qu'elles reconnurent exister en fait lorsqu'elles intervinrent par leurs délégués pour faire cesser le lardonisme. En outre, les exagérations reprochées à ce dernier se reproduisaient dans d'autres églises, non pas complètement, mais suffisamment pour discréditer la dissidence. C'est ainsi qu'à Morges les dissidents se virent compromis par un certain Rosset, lardoniste lui-même, et qui faillit provoquer une émeute parce qu'il portait une longue barbe. On retrouvait le banc des témoins dans les églises dirigées à

1 Bost, Mémoires, tom. II ; De Goltz, Genève religieuse, pag. 312.

2 Conf. Guers, Vie de IL Pyt, pag. 284.

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