‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 70 sur 171 · CHAPITRE IH · texte numérisé non relu

CHAPITRE IH

Vevey et à. Rolle par les frères Rochat, et sans doute aussi dans d'autres églises. A la Vallée, on oignait d'huile les malades, comme il ressort de ce fragment d'une lettre du diacre L.-Ch. Piguet : « Convaincu que le Seigneur pouvait seul venir à son secours, le frère Adam m'a fait demander pour l'oindre d'huile au nom du Seigneur; ce que j'ai fait en présence de tous les enfants du Seigneur de la maison, qui se sont réunis dans cette circonstance pour prier pour lui; et nous avons été singulièrement fortifiés, au cas que le Seigneur ne nous accorde pas notre demande. »

.La dissidence, compromise par son étroitesse et ses exagérations, pensait-elle regagner par l'exposition de ses principes et la controverse le terrain qu'elle risquait de perdre si elle se bornait au prosélytisme de l'exemple? Nous ne savons, et, en réalité, nous n'avons pas à rechercher ici les motifs qui engagèrent alors les dissidents à prendre la plume et à imprimer des brochures ; notre tâche est d'enregistrer les faits à mesure qu'ils passent sous nos yeux.

Mentionnons d'abord, et simplement pour mémoire, une petite brochure publiée déjà en 1830 sous ce titre: Adresse aux enfants de Dieu sur la cène du Seigneur et V union des chrétiens x . Cet opuscule, expression la plus foncée des idées dissidentes, était dû à la plume de M. L. Vivien, genevois, exégète et prédicateur distingué, évangéliste a Montbéliard. Ce ministre, qui avait reçu l'imposition des mains deM.Malan, adjurait les chrétiens de quitter les églises nationales qu'il appelait des églises du monde, des églises de la multitude, des Babglones. Mais cet écrit

1 Montbéliard.

ayant été retiré plus tard par M. Vivien et désavoué par lui comme mauvais, nous n'en dirons rien de plus1.

Le traité de M. Vivien était parti de France et nous ne savons s'il eut quelque retentissement en Suisse. Dans le canton de Vaud, c'est M. François Olivier qui ouvrit le feu en lançant sa fameuse brochure: L'église et les églises \

Après avoir consacré trois pages à la définition de Xéglise, c'est-à-dire du corps idéal, mystique5, l'auteur pose en fait que les églises sont les assemblées visibles auxquelles le principe association donne naissance. Il établit ensuite historiquement ce que furent les églises des premiers siècles et il passe successivement en revue la période de la décadence, depuis Constantin, et celle de la réformation ; il étudie enfin ce qui, à ses yeux, constitue les séparations vivantes d'avec le corps mort.

M. Olivier range sous quatre chefs les objections faites du point de vue anti-dissident : 1° Passages mal compris. (En particulier les paraboles de Matthieu XIII.) 2° Fausses vues. C'est ici que s'accuse nettement le principe dissident sur la composition de l'église4, sur la communication avec les nonconvertis, etc. 3° Calculs de la sagesse humaine, ou considérations ensuite desquelles on agit autrement que ne l'indique l'Ecriture. 4° Prétextes. Cette dernière partie, souvent fort incisive,

1 Voir Henriquet, le Royaume de Dieu, pag. 158. Nous aurons à revenir sur ce dernier ouvrage.

* Lausanne 1832, imprimerie S. Delisle, 52 pages.

5 « L'église est donc la totalité de ceux que Dieu a choisis de tout temps pour les racheter par l'aspersion du sang de son Fils, qu'il conduit au salut en leur donnant la repentance et la foi et qu'il régénère et unit à Jésus par son Esprit, pour qu'ils ne soient ensemble qu'un corps avec lui. »

* « Comme les églises, d'après l'Ecriture, sont des sociétés et que le caractère d'une association se forme nécessairement du caractère de ses membres, il est clair que pour qu'une église soit chrétienne elle doit avant tout être en général composée de chrétiens, et qu'on ne peut pas appeler église de Jésus une assemblée de personnes qui appartiennent généralement au monde. »

Page 1