‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 8 sur 171 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

qu'au bout avec une fermeté de principes , une vigueur d'argumentation, une précision de langage qui ne laisseraient rien à désirer. Ce qui était à redouter, c'est que le publiciste n'abondât trop dans son sens et ne poussât aux extrêmes les conséquences des principes en laissant parfois dégénérer la logique en arguties d'avocat; c'est qu'il ne cédât à la tyrannie d'un esprit facilement absolu et qu'ainsi le titre de Discussion publique qu'il avait donné à son journal ne devînt quelquefois un leurre... Peut-être ces craintes n'étaient-elles pas sans fondement, et l'on pourrait conclure du ton général des articles, que, dans cette Discussion publique, le public n'était guère admis à discuter contradictoirement.

A côté de M. L. Burnier étaient venus se placer en première ligne Yinet, l'homme de la liberté religieuse, puis Gauthey, alors pasteur à Lignerolles, Germond, à Sainte-Croix, Voruz, principal à Moudon, Pilet-Joly, cà Francfort, etc., etc. Tous, ils voulaient la liberté des cultes, et si les nuances qui les séparaient ne s'accusaient pas plus nettement, c'est qu'alors le premier devoir était de s'unir étroitement pour emporter une liberté si contestée et si peu assurée de la victoire.

Fidèle au programme qu'elle s'était imposé, la Discussion publique souleva les diverses questions relatives à la liberté religieuse en considérant celle-ci soit en elle-même, soit dans ses rapports avec les nouvelles institutions vaudoises. Elle s'occupa avec la même sollicitude du gouvernement de l'église, et, comme rien n'aide mieux qu'un fait à comprendre un principe, elle s'appliqua à recueillir tous les faits qui pouvaient jeter quelque jour sur ces questions. Durant toute une année, le journal de M. L. Burnier combattit vaillamment pour une cause qui taisait bien battre quelques nobles cœurs, mais qui était loin encore d'être généralement comprise. Cependant par la verdeur même de sa polémique, par la netteté de ses affirmations, par la franchise de la situation qu'elle réclamait pour l'église, la

Discussion publique, tout en contribuant à faire avancer la question, effarouchait les esprits timides, prudents ; elle réveillait en les heurtant les antipathies populaires. C'est probablement là ce qui faisait accuser cette feuille d'être hostile à 1 église nationale. Hostile, elle ne l'était certainement pas ; l'église nationale, écrivait-elle un jour en lettres capitales, l'église

NATIONALE MOINS LES VICES DE SA CONSTITUTION ET SES ABUS ; L EGLISE NATIONALE , PLUS TOUTE LA LIBERTÉ DES

cultes possible, voilà notre mot d'ordre et le but vers lequel nous tendons l. Néanmoins, le journal de M. L. Burnier voulait si bien épurer l'église nationale, qu'après une telle épuration l'établissement de 1831 n'aurait eu avec les institutions ecclésiastiques antérieures qu'une ressemblance assez éloignée. Sur ce point, l'instinct populaire ne se trompait peut-être pas beaucoup.

Le besoin que plusieurs éprouvaient d'agir sur les futurs constituants dans le sens de la liberté religieuse, ne se manifesta pas seulement par des articles de journaux; on comprit bien vite la nécessité d'exercer une influence plus directe, plus positive, tout en usant des voies légales, c'est-à-dire du droit de réunion et de pétition.

Le 11 janvier, le recteur de l'académie présentait à ce corps une demande de MM. Louis Manuel pasteur et Théodore Rivier, qui désiraient utiliser la grande salle de la bibliothèque pour une ou deux séances consacrées à des entretiens sur la liberté religieuse. L'académie, considérant qu'elle n'avait que l'usufruit des bâtiments du collège, répondit négativement à cette requête 2.

1 Discussion publique, n° 6, l«r mars.

* Actes académiques, 1831, 11 janvier.

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