chapitre m
irrita beaucoup. Nous allons voir comment il fut répondu à M. Olivier. Bornons-nous ici à une remarque générale. L'erreur essentielle de M. Olivier provenait, croyons-nous, de ce qu'il ne tenait pas assez compte de l'imperfection humaine. Les églises pures, et les dissidents en voulaient de telles, n'étaient, comme les autres, que des associations d'hommes faibles et faillibles. De grandes misères et de grandes chutes auraient déjà pu, semble-t-il, rendre les avocats de la dissidence moins absolus.
La brochure de M. Olivier venait de paraître lorsque M. le pasteur Ad. Bauly, alors en visite à Yverdon, aperçut cet écrit à la vitrine d'un libraire. Il le lut ; mais, rendu déjà auparavant attentif à ce qu'il y avait de faux, de tendu, dans la direction de la piété chez les dissidents, il conçut le projet d'une réfutation. La brochure faisait du bruit, M. Bauty la déclara insoutenable. Pour la première fois il avait, nous disait-il un jour, compris la question. Ce qu'on voulait, c'était de manifester le peuple de Dieu sur la terre, de répudier les églises de multitude. Quant à lui, il pensait alors que Dieu voulait une église de multitude, mais non unie à l'état.
M. Bauty avait été aussi très offensé de ce que M. Olivier mettait en doute la bonne foi des ministres de l'église nationale. Avant de répondre, il eut cependant soin de réclamer les secours d'hommes qualifiés, comme L. Germond, F. Decoppet, Victor Mellet, qui avaient beaucoup réfléchi sur ces matières. En 1833 parut sa Réponse à la brochure intitulée : l'Eglise et les églises
1 Lausanne, imprimerie S. Delisle, 1 3 i pages. — C'est à propos de cette brochure que parut dans la Gazelle évangélique (N° 15, 12 avril 1833) une confidence d'un ancien dissident, fort curieuse, mais trop longue pour que nous l'insérions ici; nous y renvoyons nos lecteurs.
La crainte d'exciter davantage les persécutions contre les dissidents avait fait différer les réponses des chrétiens nationaux, mais maintenant la sincérité de ces derniers étant mise en doute, il leur était impossible de se taire.
La Réponse se divise en deux parties. I. « L'auteur de la brochure est il réellement fondé sur la Parole de Dieu quant à l'organisation qu'il attribue aux églises apostoliques et aux conséquences qu'il en tire contre notre église, et en faveur des congrégations dissidentes? » Rien, dans la Bible, ne prouve que, comme église, le peuple de Dieu doive être constitué sous la nouvelle alliance autrement que sous la dispensalion mosaïque. Jusqu'à Jésus Christ, il n'y a pas eu des églises, mais une église. Cette église était composée d'une multitude dont la généralité était tiède, parfois idolâtre.
Le Nouveau Testament nous enseigne qu'il y a sur la terre une église générale. La parabole du champ est retournée par M. Bauty contre les dissidents avec une grande habileté et une certaine éloquence ; il en est de même des paraboles du filet, des dix vierges, etc.
M. Bauty définit l'église : Une grande convocation de par l'Eternel, une assemblée des peuples au nom de Jésus-Christ, qui veut que ces peuples soient enseignés et prêches, afin que les prédestinés soient manifestés en leur temps.
Cette première partie conclut ainsi : « Vos associations ne sont pas des églises apostoliques; elles n'ont pas non plus le trait distinctif de l'église, qui est d'être un filet qui rassemble toutes sortes de choses, une salle où l'on reçoit tous les convives qui se présentent : vos associations ne sont donc, malgré la piété et les excellentes intentions de ceux qui les composent, que des congrégations dissidentes1. » Chemin faisant, M. Bauty bat en brèche le système disciplinaire des dissidents, en parti-
1 Réponse, etc., pag. 50 et 51.