‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 73 sur 171 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

traite, elle s'afflige de votre erreur; mais elle est touchée de votre candeur, de votre bonne foi et de votre attachement aux vérités capitales du salut. Plusieurs d'entre vous n'ont pas hésité à sacrifier de grands avantages terrestres pour obéir à une conscience mal éclairée, et nous nous sommes dit : de quoi ne seraient pas capables pour la vérité ceux qui font de tels sacrifices à une opinion erronée? Oui, vous nous avez édifiés du milieu même de cette marche que l'Ecriture condamne et que l'église déplore. Mes frères, achevez de nous édifier en faisant un pas plus difficile encore que celui que vous avez fait ; reconnaissez votre erreur, avouez-la, et revenez nous instruire et nous réjouir par l'éclat de vos lumières et de votre fidélité. Faire ce que vous avez fait, sacrifier des biens temporels à ses convictions, est une chose belle et difficile, autant que rare ; mais pourtant on a vu des mondains en faire autant pour des systèmes tout terrestres; au contraire, désavouer publiquement une opinion que l'on a soutenue avec quelque bruit, dire avec une noble et simple franchise: je me suis trompé , cette œuvre que je vous propose, mes frères, n'est possible qu'à des chrétiens, et nous avons le droit de l'attendre de vous. On dira de vous : « Ils ont voulu être fidèles à tout prix ; une première fois, pour obéir à leur conscience, ils ont foulé dans la poussière des avantages temporels ; et une seconde, vainqueurs d'un ennemi plus redoutable que la cupidité, ils ont mis l'orgueil sous leurs pieds ; la foi seule peut remporter de telles victoires. » Revenez donc à nous ; nos bras vous sont ouverts ; vous n'avez rien perdu de notre affection; et même, que vous vous rendiez aujourd'hui à nos pressantes sollicitations, que vous vous y rendiez plus tard, ou que vous persistiez dans cette séparation qui nous fait gémir, nous ne cesserons de vous aimer, de prier pour vous et de vous appeler nos amis et nos bien-aimés frères en Jésus-Christ1.

La brochure de M. Bauty fit sensation et l'auteur reçut des compliments et des remercîments de divers côtés, mais surtout de la part des pasteurs pieux de l'église nationale, auxquels il avait ainsi fourni des réponses aux dissidents.

Parmi les témoignages de sympathie qui furent donnés à la Réponse de M. Bauty, il est assez curieux de rencontrer celui du Protestant de Genève. Ce journal se hâta d'annoncer à ses lec-

• Réponse, pag. 121-127.

teurs qu'à la vérité les amis sincères de l'église nationale avaient presque dédaigné d'entrer en lice avec les dissidents, mais que le méthodisme ayant gagné du terrain, M. Bauty s'était décidé à prendre la plume et à publier un ouvrage « fort d'arguments et écrit avec clarté1. »

La brochure de M. Bauty ne fut du reste pas la seule réponse faite à l'écrit de M. Olivier. Un pasteur d'origine suisse, établi à Paris, M. Grandpierre, dont le nom était déjà bien connu dans les églises de langue française, écrivit alors son Adresse fraternelle aux chrétiens dissidents de France et de Suisse-. L'auteur, n'ayant point la prétention d'amener aucun dissident à ses opinions, et sachant du reste que, dissident ou non, on peut être bon chrétien, voulait inspirer de la modération aux dissidents et retenir d'autres chrétiens sur la pente de la séparation.

Selon M. Grandpierre, pour comprendre la nécessité de la séparation des apôtres , il faut distinguer entre le monde du temps apostolique et celui d'aujourd'hui. Il reproche donc aux dissidents d'abandonner des assemblées toutes formées, où ils pourraient faire du bien comme pasteurs et simples fidèles , pour se réunir uniquement entre eux. Les églises de la réformation, demande-t-il , sont-elles si profondément malades et corrompues qu'on doive les comparer à des cadavres qui se pourrissent ? Non 1 Dieu y accomplit encore de grandes choses, par exemple les sociétés chrétiennes, les so-

« Protestant de Genève, N° 5, 1er août 1833.

2 Paris, 1832. — A la même époque (février 1832), il parut à Genève une brochure de 11 pages : Adresse aux chrétiens de Genève, qui insistait fortement sur Yunion des frères. Cette brochure, signée S. M., empreinte d'un bon esprit, était l'appel chaleureux d'un jeune chrétien qui avait plus de cœur que d'expérience. Il s'élevait contre le morcellement de l'église, mais avec des idées un peu confuses.

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