CHAPITRE III
ciétés de missions, etc. En revanche, « que de tristes préventions, que de fatales divisions, que de haines envenimées la dissidence n'a-t-elle pas engendrées 1 » « J'aperçois, dit M. Grandpierre, aussi bien que qui que ce soit, ce qu'il y a de déraisonnable et de contradictoire avec la liberté de culte et de conscience dans l'alliance de l'église et de l'état... Je fais profession de croire à une séparation future de ces deux éléments hétérogènes et incompatibles, le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel; et quand ce grand événement s'accomplira, je le saluerai avec joie. »
L'auteur de l'Adresse fraternelle accuse les dissidents de confondre sans cesse l'église visible avec l'église invisible. S'ils pouvaient former des églises uniquement composées d'enfants de Dieu, combien de temps durerait cet état de pureté? Ils en reviendraient à être des églises mondaines, et M. Grandpierre leur attribue ce propos qu' « alors ils se sépareraient de nouveau pour se reconstituer. »
La doctrine dissidente sur l'église ne soutient guère la critique de la raison et encore moins celle de l'Ecriture. Les paraboles de Matthieu XIII ne sont pas en faveur des dissidents et l'on peut établir par les épîtres combien les églises apostoliques ressemblaient peu aux églises dissidentes.
Quant à la discipline ecclésiastique, M. Grandpierre prétend que les dissidents y mettent une importance non justifiée par les déclarations de l'Ecriture. L'Evangile laisse une grande latitude sur ce point et les divergences de vues des dissidents eux-mêmes le prouvent déjà.... « Il est impossible de démontrer par des déclarations positives de l'Ecriture que les apôtres aient exclu de la participation de la sainte cène d'autres personnes que des hérétiques et des vicieux déclarés. » Les dissidents semblent n'envisager la cène que comme le signe de la fraternité des enfants de Dieu entre eux. Leurs scrupules à l'égard de la communion dans l'église nationale ne sont pas fondés.
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La séparation n'est pas une affaire de foi, mais d'interprétation de textes, de critique sacrée, d'histoire ecclésiastique. Pour la trancher, il faut de la connaissance des hommes et des choses, des vues larges et de la sagacité S
L'Adresse fraternelle se termine par quelques reproches de l'auteur aux dissidents, reproches qui portent sur les points suivants :
Uniformité de la piété et du christianisme (langage et expressions consacrés, imitation de certains hommes); autorité trop absolue de quelques-uns (directeurs de conscience, chefs) ; les dissidents vivent trop en dehors d'eux-mêmes (ils se communiquent toutes leurs expériences individuelles, la fleur se fane) ; ils donnent plus de prix à la confession de la vérité qu'à la sanctification (on devient moins scrupuleux dans sa conscience, on se permet des indélicatesses) ; les églises dissidentes ont peu contribué à étendre et à nourrir le réveil (ils attirent les chrétiens plus qu'ils n'évangélisent le monde) ; elles ne rallieront pas à elles les chrétiens d'un caractère indépendant; leur union est souvent plus apparente que réelle (promptitude à se séparer pour des nuances) ; avant qu'une âme soit affermie, on V embarrasse de doutes sur la dissidence. Enfin, peu de respect du sentiment de la paternité chrétienne.
Dès que Y Adresse de M. Grandpierre eut paru, les Archives du christianisme en firent la recension en la rapprochant de la brochure de M. Olivier. Le séparatisme, disait le journal de Paris, n'est dérivé du mouvement religieux que d'une manière très indirecte et il n'en est, à le bien prendre, qu'un accident... On
ne s'est point d'abord séparé, on Va été violemment Mais la
manière dont les séparés font découler leur système de l'Evan-
1 M. de Goltz fait remarquer [Genève religieuse, pag. 439) que « les objections formulées par M. Grandpierre portent toutes sur les difficultés et sur les abus que doit entraîner Y application des principes, plutôt qu'elles ne s'attaquent à ces principes eux-mêmes. »