‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 79 sur 171 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

paroissiens de Saint-Livres et Yens qui l'accusaient d'un zèle indiscret: L'année suivante (avril 1831), une pièce incroyable, portant 14-3 signatures, fut remise par le syndic de Yens au juré de la paroisse. Cette pièce, ramassis de sottises, d'accusations ridicules et de grossièretés indignes, concluait par la demande d'un ministre exempt de mômeries, et cette demande était appuyée par trente-six des paroissiens de Saint-Livres.

Ces plaintes et ces dénonciations étaient accompagnées d'actes plus honteux encore. On donna. à Dupraz des charivaris, on le pendit deux fois en effigie à l'arbre de la liberté, et la seconde fois il était représenté sous la figure du diable et vêtu de la robe et des rabats ; on fit sur lui une chanson ignoble qui se répétait partout. Au sortir du temple, un jour d'Ascension, on l'attendait en criant: mômier ; tue ce mômier!

Dupraz attribuait la malveillance et l'hostilité dont il était l'objet à ce que le marteau de la Parole, accompagné de la puissance du Saint-Esprit, avait réveillé bien des consciences dans le village de Yens. Il présenta à la classe de Morges (mai 1831) un mémoire justificatif dans lequel il s'élevait contre la prétention des pétitionnaires d'emprisonner le pasteur dans sa chaire. « Voilà s'écriait-il, à quel rôle on voudrait nous réduire, à celui de simples prédicateurs1 ! »

Dupraz demandait à la classe un suffragant. Celle-ci, en accordant l'objet de cette demande, exprima le désir que le conseil d'état fît justice des odieux moyens employés contre le pasteur de Saint-Livres2. Mais, dans une lettre qu'il adressa à l'académie, le doyen de la classe, M. le pasteur Monneron, après avoir exposé l'état de la paroisse de Saint-Livres divisée en deux partis pour et contre Dupraz, émettait le vœu que l'aca-

1 Exposé des faits qui ont engagé le ministre H.-G. Dupraz, pasteur de la paroisse de Saint-Livres et Yens, à demander provisoirement un su /frayait t . Lausanne, 1831, chez Dupuis, libraire, 48 pages in-8.

* Actes de la classe de Morges et Xyon, 25 mai 1831.

demie nommât d'office un suffragant, sans tenir compte de celui proposé par Dupraz, non plus que de celui proposé, pensait-on, par le parti contraire. L'académie nomma M. Baup1, et, au mois d'octobre suivant, le doyen Monneron, en donnant connaissance à Dupraz des décisions du conseil d'état au sujet des désordres de Saint-Livres, ajoutait que le conseil, tout en improuvant les fauteurs du désordre, pensait que M. Dupraz n'avait pas toujours montré le tact et la vraie connaissance des hommes*.

Dupraz eut un suffragant jusqu'au 30 septembre 1832. Lorsque, l'année suivante, le conseil d'état l'eut nommé au poste de Nyon, le doyen Gindroz, en lui annonçant sa nomination, lui recommanda un ministère de prudence, de zèle doux et éclairé, de patience à attendre les résultats des efforts ; il le mit en garde contre la tentation de montrer une certaine prédilection pour les personnes qui n'appartenaient pas à l'église nationale, et il l'engagea à ménager les susceptibilités5. A son tour, l'excellent Gonthier, le collègue aîné de Dupraz à Nyon, écrivait à ce dernier pour l'engager à ne point envoyer, comme il en avait eu l'idée, un exemplaire de sa justification de 1831 à chacun des membres de la municipalité de Nyon, et il ajoutait: les iniques préjugés que l'on avait cherché à élever contre votre ministère se calmeront déplus en plus. En attendant, le vénérable pasteur pensait que Dupraz devait être doux, patient, prudent et ne se hâter point M Que signifie tout ce luxe de conseils à la prudence, à la circonspection, si ce n'est que le peuple avait encore bien de la peine à se faire, même chez ses pasteurs, aux libres allures et aux exigences du zèle religieux, et que les plus pieux d'entre les pasteurs eux-mêmes se laissaient souvent comprimer

1 Procès-verbaux de V 'académie, 21 juin 1831.

* Lettre du doyen Monneron, Apples, 5 octobre 1831. 3 Lettre du doyen Gindroz, Morges, 29 août 1833.

* Lettre du pasteur Gonthier, Nyon, 10 septembre 1833.

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