CHAPITRE IV
dans le sein des familles, le désordre, les terreurs religieuses et la désunion \
Voici maintenant ce que nous apprend la procédure instruite au sujet des désordres de Vevey.
L'auberge de Y Aigle se trouvant sur le territoire de la commune de Corsier, la première enquête est faite dès le surlendemain de l'émeute par le juge de paix de ce cercle. Le nommé Brun, syndic de Corsier, assigné, raconte le tumulte dont il a été témoin, les cris à bas Rochat ! à bas les mômiers ! le siège de l'auberge de Y Aigle, au second étage de laquelle se trouve Rochat avec le préfet en écharpe;le bruit épouvantable de la rue, bruit qui augmente toujours. A huit heures du soir, la porte de l'auberge est enfoncée, la foule se précipite en criant à bas les mômiers, à bas Rochat, il faut que nous rayons ! Le préfet, le syndic, le secrétaire du préfet luttent corps à corps avec la foule. La multitude se précipite furieuse dans la chambre où est Rochat; la lumière est éteinte, on se collète dans l'obscurité. Rochat, saisi, est entraîné dans la rue, mais là il est entouré de personnes honorables et de gendarmes ; la foule crie à bas Rochat! Sur le pont on avait crié : il faut le jeter en bas le pont, c'est le moment! A l'embranchement des routes de Lausanne et de Corseaux, où l'on avait élevé des barricades formées de grosses pièces de bois, le cortège est assailli par une grêle de pierres, de terre et de fruits. A Corseaux, la porte de Rochat est fermée. On l'ouvre. A ce moment, le syndic Brun voit Rochat étendu par terre au milieu d'un groupe de personnes; il l'aide à se relever et on le fait entrer. Rochat avait du sang à la figure, ses habits étaient en lambeaux.
* Galette de Lausanne, N° 70, 31 août 1833, Supplément. Le récit contenu clans le Nouvelliste raudois (N° 70, 30 août) est absolument conforme à celui de la Gazette.
MOUVEM. REL1G. III 10
L'auberge de Y Aigle, remplie d'une foule avinée, ne fut évacuée qu'à minuit et demi. A Corseaux, le syndic Delapraz fit battre la générale à l'arrivée de la foule, mais le préfet de Vevey, M. Grenier, arrêta le rappel. Seulement, une garde resta sur pied toute la nuit l.
Le rapport du préfet étant conforme au récit ci-dessus, nous n'y relèverons qu'un détail qui constitua l'une des difficultés de l'enquête. Sur le pont, Rochat avait fait un mouvement de la tête et des épaules indiquant qu'il avait reçu un coup violent, de marteau, disait-on, donné par un gypsier italien. Dans son rapport, le juge de paix de Vevey, M. Curchod, constatait qu'il avait éprouvé de la résistance devant la maison Durand, dès l'origine, c'est-à-dire dès les 5 heures du soir, de la part des émeutiers, dont l'un tira un couteau, 'pour les gendarmes s'ils viennent, disait-il. Dans la maison Durand, il ne se trouvait que quatre jeunes filles qui se retirèrent. On demandait qu'on fît sortir Rochat de la maison à côté dans laquelle il se trouvait, afin qu'il retournât chez lui. Rochat était dans le jardin. Lorsque le juge de paix et des municipaux lui dirent qu'il devait se retirer, il répondit: « Oui, messieurs, mais si je sors la populace triomphera. » On lui objecta que ce n'était pas lé moment d'être trop susceptible ; que c'était le seul moyen de calmer l'effervescence. Devant la maison Durand, on criait à bas Rochat, Durand et Buriner* !
L'enquête instruite par le juge de paix du cercle de Corsier ayant été trouvée suffisante, fut remise au président du tribunal du district de Vevey. Ce tribunal, réuni en séance le 20 septembre 1833, sous la présidence de M. Dubochet, entendit les conclusions de l'accusateur public Vincent, conclusions quiten-
1 Procédure correctionnelle au sujet des désordres qui ont eu lieu dans la soirée du 29 août dernier, dans les communes de Vevey et de Corsier, par Gabriel Dériaz et consorts.
2 Procédure, etc.