CHAPITRE IV
Le conseil d'état se repose avec confiance sur le sens droit de la nation.
Donné en conseil d'état, à Lausanne, le 31 août 1833.
Le président du conseil d'état, Le chancelier,
H. Bourgeois Gay
Conformément à cette proclamation, le conseil d'état envoya à Yevey des troupes destinées à rétablir Tordre ou à prévenir de nouveaux troubles ; mais tout le long de la route, depuis Lausanne, ces troupes étaient agacées par les habitants qui leur disaient qu'elles allaient protéger les mômiers. A Yevey même, qu'elles occupèrent du reste sans opposition, on ne vit cependant pas de bon œil leur arrivée, et un grand nombre de citoyens de la ville déclarèrent dans une adresse qu'ils auraient prêté main forte à la loi s'ils en avaient été requis. Ce qui avait contribué à cette irritation du peuple veveysan, c'est qu'à l'époque même de la fête des vignerons des militaires du cercle avaient dû partir pour Schwitz où il y avait des troubles. La fête s'en ressentit, et l'on disait dans le pays que les mômiers de Yevey avaient écrit à ceux de Schwitz de faire du bruit pour gâter la fête.
YI
Il n'est pas difficile de deviner quelle fut la première et grande cause des troubles de Vevey. C était au fond la haine de l'Evangile tel qu'il était compris et pratiqué par ceux qu'on désignait sous le nom général de mômiers et qui s'appelaient eux-mêmes les chrétiens. Ces derniers, qui avaient incontestablement le droit de s'abstenir de toute participation à la fête des vignerons, le droit de la condamner même, avaient, en revanche, le devoir, sans rien céder de leurs opinions à cet égard, d'user de prudence, de tact, de charité vis-à-vis de ceux de leurs concitoyens dont ils ne partageaient pas les idées. Or,
il paraît certain qu'ils se laissèrent aller à des manifestations plus propres à irriter qu'à éclairer. Ils témoignèrent d'avance beaucoup d'indignation et ils firent de l'agitation en publiant contre le culte des idoles des brochures et des collections de passages qui furent distribuées le jour de la fête. A Lausanne, dans une réunion religieuse, un excellent serviteur de Dieu, M. le ministre S. Th., priait pour que la pluie survînt. Le temps fut superbe. On avait envoyé sur la route de Vevey une espèce de missionnaire chargé de faire rebrousser chemin aux gens qui se rendaient à la fête, mais il fut lui-même entraîné par le torrent. A Vevey même, quelques chrétiens avaient quitté d'avance la ville; plusieurs maisons, entre autres celle qu'habitait M. Paul Burnier, demeurèrent fermées avec une certaine ostentation. Peu de temps auparavant, M. Frédéric Chavannes avait prononcé, dans le temple national, un sermon dirigé contre la fête projetée. Le réquisitoire de l'accusateur public en chef nous apprend qu'on trouva sous l'une des estrades des matières incendiaires ; que les deux partis s'accusèrent réciproquement, et que ces excitations mutuelles se reproduisirent après la fête. Mais la goutte d'eau qui fit déborder le vase fut le catéchisme de M. Paul Burnier. On racontait que, voyant une jeune fille sourire, ce ministre avait dit : « Quand les anges pleurent, les démons rient. » La jeune fille aurait passé du rire aux larmes ; elle aurait rapporté ce propos à son père, batelier très violent, qui aurait exercé sur ses camarades une influence d'autant plus facile et d'autant plus grande, que la classe inférieure était très irritée. Mais au fond, le catéchisme de M. Burnier ne pouvait être qu'un prétexte, comme il est facile d'en juger d'après la note suivante que ce ministre remit à la municipalité de Vevey :
Des troubles s'étant élevés à cause d'un catéchisme que j'avais fait aux catéchumènes sur les œuvres indifférentes, je crois devoir consigner ici ce que je dis alors, autant que ma mémoire me le rappelle.
Je fis observer aux catéchumènes que la Bible ne nous parlait que de