‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 84 sur 171 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

deux royaumes, celui de la lumière et celui des ténèbres; et de deux sortes d'œuvres, les bonnes et les mauvaises, et que nulle part il ne nous était dit qu'il y eût des œuvres indifférentes. Je leur fis observer que, s'il y avait de telles œuvres, comme il se pourrait qu'un homme ne fît que de celles-là, il devrait y avoir un endroit où il irait après cette vie. Or, l'Ecriture ne nous parle que d'un enfer et d'un paradis. Je pris ensuite les exemples cités par le catéchisme : manger, boire, se promener et se divertir. Je passai assez vite sur les trois premiers exemples, en montrant que ces œuvres doivent être faites pour la gloire de Dieu, puisque sans cela elles sont mauvaises.

Je m'arrêtai au mot divertir. Je dis que ce mot avait un sens très étendu dans le monde, et que ceux qui se livraient aux plaisirs de la table ou de la débauche appelaient cela se divertir. Or, tout cela, dis-je, est un péché, et les divertissements du monde sont, en général, de telle nature que là où les hommes rient, les démons (ce fut la seule fois que je crois avoir employé ce mot ou son synonyme) rient aussi. Mais là où les démons rient, les anges pleurent. Je dis alors : la fêle des vignerons, par exemple, est regardée comme un divertissement, et ici je ne vous cacherai pas le chagrin que j'ai éprouvé en apprenant, l'autre jour, que plusieurs catéchumènes y avaient figuré. Ici je remarquai chez les jeunes filles un mouvement comme si elles eussent voulu se tourner vers quelques-unes d'entre elles, et je m'empressai d'ajouter qu'ici je n'avais personne en vue, que je ne connaissais pas celles qui avaient figuré, et que, d'ailleurs, celles qui avaient été spectatrices pouvaient être aussi coupables, si elles avaient le cœur plein de la fête. Je leur dis alors qu'un instant de réflexion suffisait pour voir combien une telle fête s'accordait peu avec l'amour de Dieu, et quel éloignement elle prouvait du cœur pour Celui qui seul devait le remplir. Or, ce qui nous éloigne de Dieu pourrait-il être une œuvre indifférente? Après cela je passai au développement de la section où je ne parlai que de bonnes et de mauvaises œuvres.

L'irritation qui, depuis quelque temps déjà, s'était manifestée dans la populace de Vevey contre les chrétiens de la ville, était, paraît-il, entretenue et même soudoyée par quelques meneurs, et entre autres par deux individus, L. et W. Quoique non atteints par le jugement du tribunal, ni officiellement découverts, ils n'en étaient pas moins bien connus

1 On prétendit, dans le temps, mais à tort, que l'émeute avait été provoquée par des gens qui, voulant décharger une barque chargée de contrebande, à l'un des bouts

Les événements de Vevey eurent naturellement partout un grand retentissement et provoquèrent même de l'agitation dansplusieurs autres localité* du canton. A Lausanne, dès le dimanche soir, il y eut des rassemblements tumultueux. Une maison, dans laquelle se célébrait le culte indépendant, fut entourée et des vitres furent brisées. Le lundi (2 septembre), jour où s'assemblait ordinairement la Société des missions, l'autorité prit des mesures et le préfet, M. S. de Saussure, fit afficher une ordonnance rappelant que la loi du 20 mai étant encore en vigueur, la municipalité devait empêcher provisoirement les assemblées religieuses en dehors du culte public et les attroupements séditieux, par une police stricte. Quarante hommes, sous les ordres de deux officiers, furent mis de piquet. Le comité de Y Oratoire, pour concourir au rétablissement de l'ordre, consentit à ne provoquer point de prédication ni de réunion pour le moment, vu les dispositions favorables que l'on connaissait chez les magistrats et parce que ceux-ci n'avaient pas actuellement en mains des moyens suffisants pour faire respecter leur autorité. Mais le comité protestait, avec une fermeté respectueuse, contre toute atteinte portée à la liberté des fidèles de se réunir dans un but religieux et là où ils le jugeraient convenable 1 . Vers 7 heures du soir, un rassemblement considérable se forma sur la Palud. A 8 heures, M. Van der Mûelen, habitant

de la ville opposé à celui où se trouvait la maison de M. Et. Durand, surent ainsi attirer du côté opposé à celui où ils étaient eux-mêmes le public et les gendarmes.

1 Acta du comité, 19e séance, 7 septembre 1833. — Le local de l'Oratoire ne fut rouvert par M. Fisch que le 31 janvier 1834, après le retrait de la loi du 20 mai. Beaucoup de petites réunions d'édification tenues dans les cures nationales furent suspendues, ou même prirent fin.

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