‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 85 sur 171 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

une campagne à quelque distance de la ville (à Collonges), fît demander au préfet une garde de sûreté. On lui envoya douze hommes sous la conduite d'un officier. La foule les suivit en poussant des huées ; on lança des pierres et l'on cassa des vitres en criant à bas les mômiers ! Un renfort fut envoyé à l'officier. La foule revint alors sur la Palud et à *lix heures se dispersa d'elle-même. La nuit fut tranquille l. A cette date du 3 septembre, le conseil d'état adressa aux préfets et, par eux, aux municipalités la circulaire suivante :

Messieurs,

Des désordres graves se sont passés à Vevey dans la soirée et la nuit du 29 août dernier. Quelques symptômes s'étant manifestés de manière à donner des craintes plus ou moins fondées que des causes de même nature n'amènent dans d'autres localités des scènes du même genre, le conseil d'état croit qu'il est de la prudence d'appeler à l'avance sur cet objet l'attention des autorités locales.

Nous devons, avant tout, entrer dans quelques détails sur ce qui s'est passé à Vevey. (Suivent les détails connus.)

Le conseil d'état fut bientôt informé de ce qui s'était passé, et ce fut avec une vive douleur qu'il apprit que des hommes, des Vaudois, momentanément égarés par la passion, avaient oublié le respect qui est dû à la liberté et à la sûreté des citoyens, méconnu les autorités constituées et porté une grave atteinte à leur caractère public. Et si l'on considère que ces scènes déplorables se passaient précisément au moment où des soldats vaudois, appelés au service de la patrie, honoraient leur pays par d'admirables exemples de dévouement, de zèle, de discipline et de respect à leurs chefs, on sentira d'autant plus vivement encore l'affligeant contraste de la conduite de cette partie égarée de la population de Vevey, et combien elle a été coupable en oubliant, comme elle l'a fait, le respect aux lois et l'obéissance aux magistrats, première base de l'ordre social et de la vraie liberté.

Le conseil d'état n'ignore pas que cette effervescence et ces désordres ont eu pour motifs, soit des assemblées de personnes poussées à se réunir par l'exaltation religieuse, soit peut-être des prédications empreintes

1 Gazette de Lausanne, N° 70, 3 septembre 1833.

d'un zèle imprudent et exagéré, auxquelles la fête des vignerons de Vevey a donné lieu ; il n'ignore pas que telles peuvent avoir été les causes des scènes du 29 août ; niais quel est le citoyen qui, avec quelque sagesse et quelque intelligence de la vraie liberté, oserait voir dans de tels motifs l'excuse de cette violation des lois et de l'ordre public, dans un pays où l'action des lois protège les droits des individus comme les intérêts publics, et où le plus grand tort d'un citoyen est de se faire justice lui-même, s'il croit avoir quelque sujet de se plaindre?

Le conseil d'état a fait ce que son devoir lui ordonnait de faire dans de telles conjonctures. Les mesures qu'il a ordonnées ne devaient en aucune façon favoriser un parti religieux, mais uniquement maintenir l'ordre public et assurer l'exécution des lois. Après avoir mis sur pied et fait marcher à Vevey, d'accord avec les autorités locales, une force militaire suffisante pour prévenir de nouveaux excès, il a requis des autorités judiciaires compétentes les enquêtes nécessaires, dans le but de découvrir non-seulement les auteurs des désordres matériels, mais encore ceux qui peuvent les avoir provoqués d'une manière directe ou indirecte.

De plus, et en attendant l'action et les effets de la justice, le conseil d'état a jugé qu'il était convenable d'ajouter à ces mesures générales quelques dispositions plus spéciales, que les circonstances particulières du moment commandaient impérieusement.

Il a invité M. le préfet de Vevey à déployer son influence particulière pour engager les personnes qui peuvent être une occasion de désordre à renoncer à leurs réunions ; que si ces personnes n'obtempéraient pas à ce conseil, et si les réunions devenaient l'occasion de troubles, le préfet devra empêcher et dissoudre ces réunions aussi longtemps qu'elles seraient la cause d'atteintes portées à l'ordre public.

Le conseil d'état se félicite de l'appui que l'exécution des mesures qu'il a ordonnées a rencontré dans le concours plein d'empressement et de zèle des autorités locales de Vevey. Il ne doute pas de trouver la même coopération dans toutes les autres parties du canton, si les circonstances la rendent nécessaire.

Les scènes de Vevey ont eu un certain retentissement au chef-lieu du canton. Aux premiers symptômes d'agitation, le conseil d'état a autorisé M. le préfet de Lausanne d'interdire à l'instant même les réunions religieuses qui faisaient craindre des désordres dans cette ville. Cette mesure a reçu la publicité nécessaire et son exécution a été appuyée de la mise sur pied d'un détachement de milices locales par l'ordre du préfet.

Tel étant l'état des choses, vous comprendrez, messieurs, que la prévoyance fait un devoir au conseil d'état d'appeler tout particulièrement

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