CHAPITRE IV
lion, et, devant le tribunal de Lausanne, Capt et Dégainer seuls furent mis en accusation pour contravention à la loi du 20 mai. 11 résultait de la déposition d'un municipal que les jeunes gens d'Epalinges avaient décidé de donner un charivari aux mùmiers dans la nuit du samedi au dimanche. Le préfet insista auprès du dit municipal pour qu'on empêchât le charivari. Mais on était très monté dans la commune d'Epalinges contre les mômiers et les projets de désordre furent discutés à l'auberge de la Croix- Blanche, aux Croisettes. La maison de la Cabolettaz une fois envahie, plusieurs des assaillants se disputèrent pour savoir lequel d'entre eux ferait le bourreau, et le nommé D. N., un petit homme, dit l'enquête, demandait qu'on le chargeât de ces honorables fonctions; mais, dans la cuisine de Capt, on tira au sort celui qui tuerait Chapuis.
Devant la commission du tribunal, l'accusé Capt ne se montra pas fervent sectaire, car il déclara que, s'il avait connu la circulaire du conseil d'état interdisant les réunions religieuses, il n'aurait pas seulement , permis à ses visiteurs de lire la Bible chez lui, qu'il les aurait plutôt renvoyés.
Les conclusions de l'accusateur public Espérandieu, devant le tribunal de Lausanne (26 février 1834), tendaient à la libération de Capt et de Dégallier, à une détention plus ou moins longue et solidairement aux frais pour les autres inculpés. Mais le tribunal, considérant que la loi du 20 mai 1824 avait été révoquée par décret du grand conseil du 22 janvier précédent, admit les conclusions de l'accusateur en abrégeant toutefois la durée des détentions, en diminuant la part des frais pour les accusés et en en mettant la moitié à la charge de l'état. L'affaire fut du reste portée devant le tribunal d'appel et nous y reviendrons en temps et lieu.
Tandis que s'instruisait la procédure relative aux troubles ! du mois d'août, une nouvelle contravention à la loi du 20 mai était signalée à Vevey. L'enquête préliminaire faite par le juge
de paix de cette ville nous apprend que le dimanche 6 octobre 4833, à onze heures et demie du jour, une réunion se tint dans la maison d'un nommé Grand, menuisier, à la rue du Bourg d'Oron-dessous. Les municipaux Vincent Lôrtscher et Jacques Ausset qui, contrairement à la loi, firent la perquisition et le rapport, trouvèrent chez Grand cinq hommes et quatre femmes ou filles agenouillés et en prières. Sommées de se retirer, ces neuf personnes le firent aussitôt1.
Devant le juge informateur, Grand et Déjoux se déclarèrent séparés de l'église nationale, et le second reconnut qu'il avait présidé l'assemblée. L'accusateur public près le tribunal de district, M. Vincent, concluait à mettre en accusation Grand et Déjoux, en vertu de l'art. 2 de la loi du 20 mai, à les soumettre à une amende de 20 fr. chacun, et aux frais solidairement. Le tribunal réduisit l'amende à 4 fr. Disons tout de suite qu'en appel (8 janvier 1834), l'accusateur public en chef, M. F. Guisan, considérant qu'on était près encore des scènes du mois d'août, conclut à une amende de 10 fr. et aux frais. Celle affaire fut ainsi liquidée.
La première affaire de Vevey parut en appel le 11 décembre 1833. Gabriel Dériaz, le principal inculpé, fut condamné à 50 fr. d'amende, à trois mois de prison et à sa part des frais. Les autres accusés : Chollet, Moret, Marc Dériaz, Goumœns, Tornier, Brun, subirent des peines diverses et proportionnées à la part qu'ils avaient prise à l'émeute, Emery fut acquitté. Le réquisitoire de M. F. Guisan avait présenté un bel exemple d'impartialité, un modèle de haute éloquence et de sentiments éle-
1 Procédure instruite contre MM. Louis-Philippe Déjoux et Henri Grand pour contravention à la loi du 20 mai 18%k.