CHAPITRE IV
vés. Nos lecteurs nous sauront gré de leur en communiquer la péroraison.
Avant de passer à l'application de la loi, nous devons encore jeter un coup d'œil sur les événements dont Vevey a été le théâtre. A ta lecture des faits qui se sont passés, on est saisi d'un profond sentiment de douleur, et l'on se demande s'il est possible que des scènes pareilles aient eu lieu en 1833. Une populace furieuse s'est levée contre un citoyen ; elle l'a accablé de mauvais traitements; des cris de mort se sont fait entendre; une maison a été enfoncée : et tout cela sous les yeux des autorités locales, du premier magistrat du district, impuissants pour faire respecter la personne et le domicile des citoyens et la loi ouvertement violée. Qu'avait donc fait cet homme pour mériter une haine si violente? quelle tyrannie avait-il fait peser sur ses concitoyens? Il ne partageait pas leurs opinions religieuses et il venait faire dans une assemblée ce qu'il faisait depuis plusieurs années au su de chacun et sans que cela eût donné lieu à aucune plainte. Certes, la réunion qui devait avoir lieu dans la maison Durand n'est pas, n'a pas pu être la cause des désordres du 29 août, elle n'eu a été que l'occasion ; la cause, il faut la chercher plus haut : dans des amours-propres blessés, dans des susceptibilités offensées. Nous le disons avec une profonde conviction: les principaux coupables ne sont pas ceux qui ont coopéré matériellement aux désordres; ceux-ci n'étaient que les instruments aveugles de personnes qui, probablement, se sont abstenues de prendre une part matérielle, et qui se sont enveloppées d'un voile qu'il n'a pas été donné à la justice humaine de soulever. Nous les renvoyons devant le tribunal de leur conscience.
L'affaire des désordres d'Epalinges fut portée devant le tribunal d'appel le mercredi 9 avril 183-4. Dans son réquisitoire, M. Guisan fit remarquer que la loi du 20 mai était tombée en désuétude déjà avant son abrogation, que la tolérance à l'égard des dissidents s'établissait partout, mais qu'Epalinges avait fait exception et que les troubles de Vevey avaient provoqué des collisions fâcheuses. En terminant, l'accusateur public flétrit énergiquement les désordres et ceux qui les provoquaient. Capt et Dégallier furent libérés et les autres accusés condamnés à une détention variant de dix jours à un mois. Ainsi se termina
cette longue série de procès religieux. La loi inique qui les avait provoqués devait trouver dans son exercice même sa propre condamnation.
Le 10 septembre 1833, l'académie reçut du département de l'intérieur une lettre datée du 5 du même mois, et accompagnant les pièces et informations fournies par une commission présidée par le préfet de Vevey, à l'occasion du catéchisme dans lequel M. Paul Burnier avait parlé de la fêle des vignerons. Il résultait de ces pièces que M. Burnier n'avait point dit tout ce qu'on lui prêtait, et que les deux relations (celle de la jeune Marie Roy, catéchumène, et celle de M. Burnier lui-même) ne différaient qu'en un ou deux points de peu d'importance.
La commission rendait un témoignage très avantageux à M. Burnier, mais ses aînés dans le ministère avaient vu avec peine qu'après avoir été un des plus zélés partisans de l'église nationale et de sa discipline, il avait depuis dix-huit mois fréquenté des réunions religieuses hors des temples, sous le prétexte d'arrêter la dissidence. Il avait même, dans un sermon, recommandé d'agir ainsi. Ces réunions, quoique non dissidentes, avaient amené des querelles dans les familles. Mais c'est surtout depuis l'abbaye des vignerons que M. Burnier avait marché dans le sens des dissidents contre cette fête, heurtant l'opinion publique qui s'était prononcée contre lui. Le département ajoutait : M. Burnier est jeune, il peut être ramené à plus de prudence, mais il serait bon qu'il changeât de suffragance.
L'académie nomma une commission. Celle-ci exprima la pensée que M. Burnier n'avait pas usé de prudence en contredisant le catéchisme employé dans les écoles et dans son développement du chapitre des œuvres en l'appliquant à la fête des vi-