CHAPITRE IV. ICI
gnerons. M. Burnier, disait la commission, avait avancé des choses exagérées et rendues plus dures par les expressions dont il s'était servi. Il avait montré de la partialité à l'égard des réunions hors des temples. Sa manière d'être à l'égard de la fête avait soulevé contre lui le public. En conséquence, la commission demandait qu'un remplaçant fût donné à M. Burnier pour trois mois. Mais l'académie, apprenant qu'ensuite d'une décision du conseil d'état M. Burnier ne devait plus faire les fondions dans l'église nationale, proposait qu'il fût rèvoqn*'. Il serait redevenu ainsi impositionnaire en disponibilité l.
Le 13 septembre, le recteur reçut une lettre de M. Burnier qui demandait à être entendu par l'académie pour sa justification. Cette lettre fut transmise au conseil d'état dont le président répondit, en date du 14, que la décision relative à M. Burnier était suspendue. M. Burnier ayant eu communication du rapport de ta commission de Yevey et ayant envoyé au conseil d'état un mémoire justificatif, ce mémoire, transmis à l'académie, ne changea rien à la décision de celle-ci. Le conseil d'état replaça donc M. Burnier parmi les imposilionnaires à la disposition de l'académie. Il ne devait exercer aucune fonction ecclésiastique dans le canton jusqu'à ce que l'académie trouvât qu'il n'y avait pas d'inconvénients à lui en confier de nouvelles -.
La mesure prise à l'égard de M. Paul Burnier produisit une impression fâcheuse dans le clergé national. Peu de temps après, quelques ministres, réunis à Yverdon pour l'assemblée mensuelle des missions, décidèrent d'adresser au conseil d'état une représentation dans le but de réclamer l'indépendance des ministres violée par la suspension du suffragant de Yevey. Déjà même cette suspension avait engagé des paroisses à demander
1 Proces-verbaux de l'académie, 10 septembre 1833.
* Proces-verbaux de l'académie, 17, 2i et 27 septembre 1833.
MOUVEM. RELIG. III 11
Je départ de leur pasteur lorsqu'elles croyaient pouvoir dire que celui-ci était méthodiste. Avant la fin de l'année (48 décembre), la classe de Lausanne et Vevey exprima au conseil d'état le vœu que l'académie appelât bientôt M. Burnier à de nouvelles fonctions, et M. Burnier lui-même ayant écrit (4 février 1834) dans ce sens à l'académie, en reconnaissant qu'il devrait user de prudence,, l'académie leva à cette date la suspension qui pesait sur ce ministre.
M. Paul Burnier, auquel une sorte de défaveur s'était attachée, avait donc été éloigné par raison d'état de la chaire de Vevey. Il avait été sacrifié aux passions populaires, mais, de son côté, le conseil d'état s'était trouvé dans la position la plus pénible, placé comme il s'était vu entre ses sentiments de justice et de liberté et une loi formelle niant toute liberté et toute justice. Une pareille situation était intenable, pour le pays aussi bien que pour le gouvernement, et la nécessité d'appliquer encore la loi du 20 mai ne devait pas peu contribuer au retrait de cette loi. Il n'y avait pas de raison pour que les désordres qui s'étaient produits ne se renouvelassent dans les mêmes localités ou dans d'autres. C'est en effet ce qui arriva, avant la fin de cette fatale année 1833, à Romainmôtier . Là, dans la nuit du 30 au 31 décembre, la seconde cure, habitée par M. le diacre Crimoz, fut assaillie par soixante à quatre-vingts individus revêtus de chemises blanches. Ils annoncèrent leur présence par des coups de feu, des claquements de fouet, des vociférations contre les mômiers. Une grêle de pierres fut jetée contre la cure dont les portes furent enfoncées, les contrevents forcés et les fenêtres brisées. La chambre du pasteur et la cuisine furent remplies de gros cailloux ; et même deux quartiers de balles lancées par une arme à feu traversèrent le cabinet d'étude. Cet assaut, renouvelé deux fois, ne se termina