‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 90 sur 171 · chapitre rv. 1G · texte numérisé non relu

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qu'à minuit par la retraite des assaillants. Les guets de Romainmùtier, témoins de tout ce désordre, n'avertirent aucun fonctionnaire et laissèrent le pasteur seul exposé à tous les dangers. Quant au préfet d'Orbe, il se trouvait alors absent. L'enquête ouverte sur ces actes de sauvagerie demeura sans résultat. La seule chose évidente, c'est que les opinions religieuses du pasteur Crinsoz, et surtout une pétition qu'il avait adressée au grand conseil en faveur de la liberté religieuse, avaient été la cause de l'émeute dont il avait failli être la victime l. On voit s'il était temps de rapporter la loi du 20 mai et de prévenir le retour de scènes aussi scandaleuses que celles qui marquèrent les derniers mois de l'année 1833. Du reste, le langage de la presse religieuse et politique, suisse et étrangère, était explicite sur ce point et il aurait suffi, s'il en avait été besoin, pour éclairer les magistrats vaudois.

Quelques jours après les événements de Yevey, la Gazette évangélique* contenait, sur la nécessité d'abolir la loi du 20 mai. un article grave, sensé, énergique, démontrant que ce qui venait de se passer dans la seconde ville du canton faisait de cette abolition une impérieuse nécessité. « La loi intolérante, disait la Gazette, rend le peuple intolérant, i Or, la loi du 20 mai avait été l'étendard des persécuteurs de Yevey. Il fallait à tout prix faire cesser ce qui était une honte pour le pays.

Peu après, le Nouvelliste vaudois disait par l'organe de M. L. Yulliemin5: « Une tache souille le tableau de prospérité et de paix qu'offre le canton de Yaud, la liberté religieuse n'est point inscrite dans la loi et de fait elle est suspendue dans une partie

' Nouvelliste vaudois, N° 3, 10 janvier 1834. * N° 37, 13 septembre 1833.

3 Nouvelliste vaudois, N° 91, 12 novembre 1833. — (Dm canton de Yaud et de la liberté religieuse.)

du canton.... Deux classes de citoyens sont en face l'une de l'autre : les hommes qui font la profession la plus ouverte et la plus haute de religion, et ceux qui sont entraînés par la passion. Ces derniers se font obéir.... Les mœurs publiques étaient en progrès dans le canton de Vaud, des idées plus saines relativement à la liberté religieuse commençaient à y prévaloir, quand les troubles de Vevey sont venus arrêter ce développement.... Il faut, non la loi du 20 mai, mais la liberté religieuse.)) Le Nouvelliste reviendra bientôt sur cette dernière question et nous y reviendrons avec lui.

Le Protestant de Genève n'était pas suspect de tendresse pour ce qu'il appelait le méthodisme, et, dans un article d 1er septembre1 sur le rigorisme des méthodistes à Vevey, il appelait innocentes fictions les fêtes célébrées dans cette dernière ville et ouvertement blâmées par le méthodisme. C'était, selon le Protestant, s'exposer à un ridicule (!) inévitable et exciter un juste mécontentement parmi les témoins de cet absurde rigorisme^.). « Il faut, ajoutait l'organe officieux delà compagnie de Genève, être tourmenté du besoin de trouver partout des impies pour avoir conçu l'idée de convertir en idolâtres les gens de Vevey. » Huit jours après, le Protestant, revenant sur ce sujet, tout en chargeant encore les méthodistes, prononçait cependant un blâme vigoureux contre les violences exercées.

Nous trouvons encore (6 septembre) dans le Fédéral, journal politique de Genève, les réflexions suivantes sur les événements de Vevey et la situation générale du canton de Vaud2:

Quand nous remontons aux causes des déplorables scènes qui viennent de troubler le canton de Vaud, nous sommes forcés de les trouver dans un esprit général d'intolérance qui frappe dans un canton aussi éclairé sous tant de rapports.

1 Tome V, N° 7, 1833.

2 Les Archives du christianisme reproduisirent ces réflexions dans leur numéro 48 de 1833.

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