‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 91 sur 171 · CHAPITRE IV. 1G · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 1G

Le canton de Vaud voit aujourd'hui, peut-être, que si la constituante de 1831 avait sanctionné le principe de la liberté religieuse, il en serait résulté une amélioration descendue de haut dans les mœurs publiques. Tant que l'intolérance sera dans la loi, on n'a pas droit de se plaindre si elle est dans les esprits. La loi du 20 mai n'est pas exécutée, mais elle existe, elle consacre le principe, elle appuie les actes de violence contre les assemblées dissidentes, elle donne une légalisation tacite à toutes les oppositions à la libre manifestation du sentiment religieux hors de l'église nationale.

L'intolérance est le plus sûr moyen d'exaspérer l'enthousiasme irréfléchi ; il suffit de lui donner une simple couleur de martyre. Quand cette couleur est dans une loi, il faut en subir les tristes conséquences. Un gouvernement n'a pas le droit d'exiger qu'un peuple soit plus sage que lui...

En dernier lieu, cette féroce intolérance populaire paraît même s'être trompée d'objet dans son aveuglement. A Vevey, M. Rochat, ministre séparatiste, a failli être victime du discours prononcé par M. Burnier, qui n'appartient pas à l'église dissidente. Quand, sur un tel sujet, on arrive au quiproquo, c'est, en vérité, pousser l'intolérance au point où elle a droit d'effrayer justement tout ordre public et toute sécurité individuelle.

Espérons qu'on réprimera de tels abus mieux que par la force armée, par une loi vraiment large et équitable.

Dans leur numéro du 9 novembre, les Archives du christianisme insérèrent sous ce titre : De V abolition de la loi du 20 mai JS24 dans le canton de Vaud, un article dont nous extrayons les réflexions suivantes:

On ne doit pas se prévaloir des excès vrais ou faux commis par des citoyens vaudois sous le régime de la liberté religieuse pour détruire cette liberté.... En mettant l'arbitraire à la place du droit, sous prétexte d'en éviter les excès, le législateur produit infailliblement ces excès mêmes dont il se plaint.... La liberté religieuse est passée dans les mœurs de la partie éclairée des Vaudois; en la renversant, on ouvrirait la porte à des égarements de plus d'un genre.... Si les législateurs vaudois ne se hâtent d'établir la liberté religieuse, ils auront les excès de cette liberté.... L'iniquité de la loi produit l'égarement des passions....

....On peut rendre aux mômiers vaudois le témoignage qu'ils ont généralement pris place dans les rangs des meilleurs citoyens.... A Vevey même, les chrétiens ont usé d'un droit commun ; ils se sont abstenus de

prendre part à une fête. On a cherché et trouvé un prétexte. En effet, pour commencer une émeute, que faut-il? Un homme de mauvaise humeur, trois individus ivres et quatre enfants criards....

Le prétexte même sur lequel on s'appuierait pour maintenir une loi d'intolérance ne serait qu'une grande imposture.... Toute loi qui ôte aux chrétiens la liberté de se réunir, est une loi d'intolérance et de tyrannie. .. .. Le maintien de la loi du 20 mai serait un indigne abus de la force contre le droit.

Le Semeur enfin, dans un article sur les événements de Vevey1, faisait remarquer ce qu'il y avait d'étrange dans des scènes pareilles, se produisant dans un pays d'entre les plus civilisés, connu par le libéralisme de ses opinions et institutions, sous un gouvernement ami de la liberté religieuse, et il en concluait qu'il n'y avait pas là un peuple vraiment libéral. On disait morte la loi du 20 mai, le Semeur répondait : «Une loi n'est pas morte quand les passions qui l'ont provoquée vivent encore. » Aujourd'hui même le gouvernement ne peut protéger les chrétiens qu'en les persécutant, parce que la loi existe et les événements de Vevey ont prouvé que la loi n'est pas contre les dissidents, mais contre les chrétiens. En effet, il a été démontré qu'on en voulait à tous les chrétiens Rassemblées, dissidents ou nationaux, mais « il y a des temps et des lieux où tout vrai christianisme est séparatisme2. »

1 N° 55, 18 septembre 1833. Cet article était de Vinet.

- Indépendamment des journaux, il parut encore à cette époque des brochures propres à faire connaître le degré d'intensité auquel les événements de Vevey avaient porté les vues divergentes qui régnaient dans le pays. A côté d'un excellent sermon, prêché par M. le pasteur C. Dapples, dans sa paroisse de Belmont et Lutry (Le procès de l'Eternel avec son peuple, 15 septembre 1833), viennent se placer d'infâmes petits pamphlets, comme la Lettre d'un Anglais à un de ses compatriotes de la secte des méthodistes, qui avait cherché à faire des prosélytes dans un village du canton de Vaud. (Traduit de l'anglais ( ??), 15 pages, Lyon 1833. ) « La secte des méthodistes, y lisait-on, a causé à la société dix fois plus de calamités que le choléra asiatique, si fort et si justement redouté. » — « Le méthodisme est la plus grande peste qui ait jamais existé. >> Cette odieuse diatribe, attribuée à un nommé Delord, se terminait ainsi : « Prenez garde à vous, pères, mères, frères et maris, surtout si vos femmes et vos filles soni jeunes et jolies. (!!!) »

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