‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 94 sur 171 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Sur ces entrefaites le grand conseil s'assembla, et, dans sa séance du 20 novembre, il nomma membres de la commission d'examen du projet de loi sur l'exercice de la liberté religieuse MM. Gindroz, Jayct, Muret -Tallichct, Grivel et Tapis. Des pétitions pour et contre, mais plutôt contre que pour la liberté religieuse, arrivèrent aussitôt en grand nombre sur le bureau du grand conseil, et se suivirent sans interruption jusqu'à la veille même de la votation finale. Ces 1 13 pétitions, divisées en trois classes par l'un des membres de la commission, M. Murel- Tallichel, se répartissaient ainsi : contre la liberté religieuse : 59, présentant un total de 7684 signatures ; sur la liberté religieuse : M , avec 1827 signatures ; en faveur de la liberté religieuse: 43, couvertes de 1207 noms. Ainsi, parmi les 10 618 pétitionnaires, plus des deux tiers repoussaient formellement le projet sur l'exercice de la liberté religieuse, et, parmi les 303-4 autres pétitionnaires, la minorité seule revendiquait formellement aussi la garantie légale des droits imprescriptibles de la conscience. Parmi les 1827 signataires des pétitions ayant trait à la liberté religieuse, beaucoup hésitaient ; leur désir de voir le grand conseil se prononcer sur cette grave question était accompagné de conditions et de réserves qui limitaient parfois beaucoup la liberté dont ils demandaient la reconnaissance légale. Le projet présenté au grand conseil soulevait bien des critiques, et parmi les partisans mêmes de la liberté religieuse il rencontrait des adversaires. C'est ainsi que soixante citoyens de Yevey demandaient que ce projet ne fût pas accepté si, après discussion, il n'était pas conçu d'une manière plus large. Soixante autres citoyens de Moudon le trouvaient également insuffisant. Des remarques toutes semblables accompagnaient d'autres pétitions collectives ou individuelles. La plupart des

pétitions sur la liberté religieuse étaient plutôt négatives, en ce sens qu'elles réclamaient le retrait de la loi du 20 mai, bien plus qu'elles n'exprimaient le désir de voir la liberté l'emporter sur le privilège.

Parmi ces pétitions, nous avons remarqué celle de 118 étudiants de l'académie de Lausanne, dans le sens d'une entière liberté religieuse, et les pétitions individuelles des pasteurs Dumont, à Peney; Grinsoz, à Romainmôtier; Monastier, à Cheseaux ; Sylvius Favre, à Ballaigues etMorel, suffragant. Trentedeux jurisconsultes et autres citoyens de Lausanne demandaient, au nom de la raison, la liberté religieuse comme liberté politique.

En revanche, ceux des pétitionnaires qui repoussaient absolument toute liberté religieuse s'exprimaient parfois avec une intolérance qui étonnait le grand conseil lui-même. 580 citoyens de Piomanel trouvaient que donner la liberté religieuse, « ce serait ouvrir une porte trop large pour un bâtiment aussi petit que l'était celui du canton de Vaud. » A leurs yeux, les séparatistes étaient bien nommés puisqu'ils séparaient les maris et les femmes, etc. En conséquence, le conseil d'état devait faire observer strictement les anciennes lois. 500 pétitionnaires du cercle de Cossonay voyaient déjà la guerre civile sortant du projet de loi et ils demandaient que ce projet ne fût pas présenté. 180 habitants de Chavornay voulaient que la loi du 20 mai fût maintenue dans tout son contenu. Cette demande provoqua, paraît-il, un mouvement général de surprise dans le sein de l'assemblée législative. MM. les députés n'auraient dû être surpris que d'une chose, c'est que les électeurs de M. Milliet eussent pétitionné dans un sens plus large. Du reste, Chavornay se montrait encore bien modéré, quand, à Lausanne, 620 citoyens n'avaient pas honte, dans leur pétition, d'appeler les dissidents les jésuites de l'église évangélique, une secte impie poursuivant un but politique. Cette fois encore il se produisit

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