CHAPITRE V
dans l'assemblée une certaine émotion, et Ton avouera qu'il y mit de quoi.
Les dissidents ne craignirent pas de recourir à la voie des pétitions pour faire valoir leurs droits à la liberté. Six citoyens de l'Etivaz, s'annonçant franchement comme dissidents, demandaient l'abrogation de la loi du 20 mai: trente dissidents de Vevey en faisaient autant; seize dissidents de Villeneuve réclamaient en outre le mariage civil. Cependant MM. Henri et François Olivier crurent devoir faire connaître au grand conseil que, dans leur opinion, contraire en cela à celle du Semeur, les ministres dissidents ne devaient pas être rétribués par l'état. Ils repoussaient en même temps l'idée émise dans quelques pétitions que les dissidents avaient abandonné la religion de leurs pères, et, pour preuve du contraire, ils déclaraient prendre pour base de leur foi la confession helvétique, base de la foi des anciens habitants du canton de Vaud, comme M. l'ancien landamman Monod l'avait parfaitement reconnu.
L'article du Semeur auquel MM. Olivier faisaient allusion, était sans doute celui du 19 novembre précédent, intitulé: Examen de la loi du 20 mai et du projet de loi sur la liberté religieuse. L'auteur de cet article, après avoir fait un tableau enchanteur du canton de Vaud et des mœurs des Vaudois, ajoutait : Mais la loi du 20 mai « pèse comme une insulte sur l'honneur national. C'est l'opinion d'une minorité faible, mais bruyante, mais remuante et habile à vociférer sur les places publiques,... de quelques gens de campagne et du peuple qui a dicté la loi du 20 mai 1824, qui l'a maintenue en 1831.... La faiblesse des magistrats de 1824 a légitimé la violence.... La persécution, en passant de la rue dans la loi, a revêtu aux yeux du peuple un caractère qui devait l'imprimer plus profondément dans les mœurs. — A
Vevey, disait encore, le Semeur, l'émeute a été organisée par les adversaires de l'Evangile comme s'il n'y avait pas de loi contre les assemblées, et ces mêmes hommes ont ensuite réclamé les mesures légales comme s'il n'y avait pas eu émeute. Depuis les journées de septembre en 1 792, on n'a rien vu de semblable chez aucun peuple civilisé ! »
D'après l'écrivain du Semeur, l'opposition que rencontrait au canton de Vaud l'établissement d'une complète liberté des cultes était de deux sortes. Celle qui s'appuyait sur les préjugés et les passions maintenait la loi du 20 mai; elle voulait la liberté comme Grégoire YII et le saint-office. En second lieu, celle qui, acceptant la liberté religieuse, lui imposait des entraves. Les partisans du statu quo employaient des arguments qui ne prouvaient rien et justifiaient tous les persécuteurs. Passant enfin à l'examen du projet de loi sur l'exercice de la liberté religieuse, et de l'exposé des motifs du conseil d'état, le Semeur estimait le dernier plus libéral que le premier. Le conseil d'état voulait marcher plus vite, mais le peuple arrêtait le char du progrès. Le projet de loi consacrait l'infériorité des cultes dissidents visà-vis de l'église nationale et l'article 14 confisquait la liberté religieuse au profit de l'absolutisme populaire.
Nous avons tenu à mentionner ici ce jugement du Semeur, tout sévère qu'il fût, parce qu'au fond il était juste et qu'il exprimait bien l'opinion des hommes les plus sensés parmi nous. Il est probable, du reste, que l'article lui-même était parti des bords du Léman.
Le projet de loi présenté par le conseil d'état, et qui avait pour auteur M. Druey, était loin de satisfaire les amis sincères de la liberté religieuse, ils lui reprochaient essentiellement de tendre à entraver bien plus qu'à favoriser l'exercice de la liberté