CHAPITRE V
meubles qui y étaient attachés. Le ton de la motion n'était pas très bienveillant pour le clergé vaudois. On accusait ce dernier de ne pas se montrer soumis aux lois, d'invoquer en sa faveur des droits acquis, de prétendre traiter avec l'état de puissance à puissance. Au sein du grand conseil, MM. Monnard , Nicole, Pellis et Druey prirent une part active à la discussion. Ce dernier, en particulier, énonça des idées très avancées sur les relations de l'église avec l'état. De même que les autres orateurs que nous venons de nommer, il laissait entrevoir la possibilité de la chute de l'église nationale, mais il insistait à peu près seul sur le besoin de transformations majeures dans le christianisme. Du côté des partisans de la motion de M. Roux on pouvait signaler quelque hostilité contre les pasteurs. Généralement, paraît-il, on voyait dans cette motion une attaque indirecte contre l'église nationale, un désir d'affaiblir cette dernière pour arriver à la séparation complète, mais on pensait aussi que le moment était mal choisi.
La motion de M. Roux provoqua la publication d'une brochure de M. L. Burnier intitulée : Lettres à un membre du grand conseil sur quelques questions à l'ordre du jour. L'auteur s'y prononçait franchement pour la séparation de l'église et de l'état. Il proposait un mode de transition qui aurait consisté en ceci, que l'état aurait donné aux pasteurs un traitement reconnu insuffisant, mais que les communes auraient complété, de manière à arriver peu à peu à ce que la paroisse fît tout. M. Burnier, abordant ensuite la question de l'instruction publique, la traitait avec une grande supériorité et se prononçait pour la séparation de l'état et des écoles. 11 ne croyait pas, en particulier, qu'il appartînt à l'état de faire l'éducation religieuse, l'éducation chrétienne de tout un peuple. En déclarant l'enseignement religieux légalement obligatoire, on ne respectait pas la liberté de conscience.
Pour M. Burnier, l'idéal était la liberté pleine et entière de
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l'enseignement religieux, cet enseignement ne devant pas rentrer dans celui que l'état faisait donner.
La discussion à laquelle se livrait l'auteur des Lettres à un membre du grand conseil était tout à fait opportune, car le grand conseil du canton de Vaud avait dans cette session à étudier un projet de loi sur les écoles primaires, que des juges compétents envisageaient comme un travail classique, distingué par la justesse, l'étendue et la précision des idées, l'élévation et la fermeté des principes, la sagesse pratique des détails, le mélange remarquable de maturité et de verdeur dans la pensée1. L'article 11 de ce projet, reconnaissant aux pères de famille le droit d'émettre des vœux en ce qui concernait la participation de leurs enfants à l'enseignement de la religion, provoqua, dans les séances des 13 et 14 décembre, une discussion prolongée. La commission proposait que, sur la demande expresse des pères de famille et des tuteurs, les enfants fussent dispensés d'assister à l'enseignement religieux. A ce propos, il se dit dans le grand conseil beaucoup de choses pour et contre la liberté religieuse, sur les dissidents, sur l'église nationale, etc. M. Gindroz voulait que l'article fût suivi de ces mots : lorsque les motifs qu'ils présentent (les pères de famille et les tuteurs) auront été approuvés par le conseil d'instruction ; et M. Druey ajoutait ces mots à l'amendement de la commission : dans l'école primaire. Amendé de ces deux manières, l'article 11 fut adopté par 59 voix contre 27, et cela à la grande joie des amis de la liberlé religieuse qui virent dans cette adoption une sorte de triomphe de la liberté, ou, tout au moins, le commencement du triomphe.
Dans le cours de cette discussion, M. E. de la Harpe, conseiller d'état, parla fortement en faveur de la liberté religieuse. 11 avait, dans le temps, approuvé la loi du 20 mai, mais il avait été convaincu, par plusieurs années d'expérience , qu'il ne
1 Le Semeur, N° 64, 20 novembre 1833.