CHAPITRE V
pouvait y avoir pour le peuple vaudois de liberté, d'ordre et de paix qu'avec la liberté religieuse. Eu couséquence, il demandait l'abrogation de la loi du 20 mai et l'établissement du mariage civil.
Dans la séance du 18 décembre, il s'éleva une nouvelle discussion théologique provoquée par un amendement de M. Rouge à l'article 12 du projet sur les écoles primaires. M. Rouge proposait cette rédaction : « Il ne sera enseigné dans les écoles publiques aucune doctrine religieuse que celle de l'église nationale consacrée par l'article 9 de la constitution et celle de l'église romaine pour les écoles du culte catholique. » — « Tout instituteur qui contreviendra à cette défense sera destitué. » Cette rédaction fut adoptée.
Dans cette séance, où l'on fit tant de théologie bonne ou mauvaise, et plus souvent mauvaise que bonne, on parla beaucoup de la confession de foi helvétique, du consensus, etc. MM. Gindroz, Guisan, Rodieux, Pellis, Jaquet, Druey, d'un côté, et M. Rouge de l'autre, donnèrent à l'assemblée et aux tribunes le spectacle de ces tournois auxquels la salle du grand conseil avait déjà servi et devait servir encore plus d'une fois de champ clos. C'est alors aussi que paraissait à Lausanne et par les soins, dit-on, de M. E. de la Harpe, une édition de la Confession de foi des églises de la Suisse réformée1. Seulement, cette confession était précédée, entre autres choses, de Védit des empereurs (380) déclarant quels étaient les chrétiens qui devaient être regardés comme catholiques et lesquels comme hérétiques, du symbole de Damase, etc., et elle était suivie du formulaire de consentement (consensus) sur la doctrine de la grâce
1 Deuxième édition de la traduction publiée à Berne, en 1760, par E. Bertrand.
universelle, etc., rédigé en 1675 par J. -Henri Heidegger. Le volume se terminait par le serment que prêtaient les ministres et par le formulaire d'association des ministres, professeurs et régents du pays du Vaud. Mais ce n'était point par vénération pour la confession helvétique que les éditeurs du recueil publiaient ce monument de la foi de nos pères; il aurait suffi, dans ce cas, d'imprimer la confession seule ; le but que ces messieurs se proposaient en ajoutant d'autres documents à la confession, et surtout le consensus, était tout simplement de donner le change au peuple vaudois en lui faisant croire que la doctrine du consensus était la doctrine actuellement prêchée par les pasteurs, et de préparer ainsi doucement la voie à l'abolition de la confession helvétique elle-même. Aussi, pour contrecarrer ce travail de la perfidie, les partisans de la confession se hâtèrent-ils de riposter par une édition dépouillée de tout appendice et sans formulaire aucun1. « Nous n'y joignons pas, disaient les éditeurs dans leur préface, le document connu sous le nom de consensus, parce qu'il n'est point un livre symbolique reçu dans nos églises, comme quelques personnes le croient par erreur et faute de s'être suffisamment instruites de la vérité historique sur ce sujet. Nous devons même ajouter que la pensée de prévenir le retour de cette erreur et la confusion qui pourrait en être le fruit, n'a pas été étrangère aux motifs qui nous ont engagés à publier la confession de foi helvétique en la séparant de cet autre ouvrage, auquel on paraît vouloir l'associer et l'assimiler mal à propos. » Du reste, les partisans de la confession helvétique pure et simple exprimaient bien la pensée du clergé vaudois pris dans sa grande majorité, et, dès qu'elles eurent l'occasion légale de se réunir, les classes se hâtèrent de faire connaître leur sentiment sur ce point. Le 21 mai 4834, la classe de Morges etNyon fit parvenir
1 Lausanne, imprimerie Marc Ducloux, 1834.