‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 102 sur 269 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

gouvernement lui-même était sans doute impatient de voir s'ouvrir devant lui cette arène où ne Patlendaient que des triomphes; triomphes regrettables, assurément, mais calculés au cours de l'opinion dominante. Il s'agissait, pour le conseil d'état, simplement de se faire revêtir par le grand conseil d'une dictature absolue sur le terrain religieux et ecclésiastique. Il lui fallait des pouvoirs étendus, extraconstitutionnels, des pouvoirs qui, dans leur illégalité même, auraient un caractère légal, grâce au blanc-seing donné par le pouvoir législatif.

Lorsque, le 17 au matin, le projet de décret accordant les pleins pouvoirs eut été présenté par le président du conseil d'état, et que le bureau du grand conseil eut composé la commission d'examen de MM. Eytel, rapporteur, Marc Blanchenay, Bory, président du tribunal d'appel, Vittel et Berney, quelques voix s'élevèrent pour protester contre la précipitation qu'on voulait apporter dans une question aussi grave. « On veut, s'écria M. Correvon, emporter votre décision à la pointe de l'épée. C'est bien là le despotisme qui plane depuis plusieurs mois sur notre canton.... » L'orateur, interrompu par des cris : A l'ordre! à l'ordre 1 — rappelé, en effet, à l'ordre par le président, — n'en continua pas moins : « Oui, le despotisme coule à pleins bords dans la proposition du conseil d'état! » De nouveaux cris : A l'ordre! le forcèrent de s'arrêter. Mais MM. Frossard, Pellis, De la Harpe, pasteur, Pidou, se joignirent à la protestation de M. Correvon contre l'urgence, qui n'en fut pas moins votée par la trop docile assemblée.

La discussion sur le projet de décret des pleins pouvoirs dura deux jours1. M. Druey, à lui seul, en supporta le poids presque tout entier. Il fut sans doute appuyé, et même avec

1 Le rapport de la majorité de la commission fut lu par M. Eytel, au début de la séance. Ce rapport, inséré tout entier dans le Bulletin des séances du grand conseil (pag. 115-142), est exact quant aux faits eux-mêmes, mais empreint d'une irritation contre les ministres qui ne réussit pas toujours à se dissimuler sous la sécheresse du

passion, par un certain nombre d'orateurs, ses partisans et ses disciples, tels que MM. Luquiens, Dupraz, Mignot, Roulet, pasteur, et surtout Eytel, son fidèle aller ego. Trois membres du conseil d'état vinrent également en aide à leur président : MM. Delarageaz, Vulliet et Bourgeois. Mais les honneurs de ces deux journées, aussi honteuses que mémorables, appartinrent incontestablement au chef de l'état.

Le talent extraordinaire de M. Druey consistait en une puissance d'organe et de volonté telle qu'il ne s'effrayait de rien, et que, pour pouvoir répondre à tout, il se tournait, avec une habileté, une facilité inconcevables, à droite, à gauche, s'emparant de toutes les armes que pouvaient lui fournir ses adversaires, et ne redoutant pas de parler durant trois heures et davantage sur le même sujet. C'est en sachant être long, c'est en ne laissant de côté aucun détail, qu'il se tirait d'affaire, parfois non sans quelque labeur, mais le plus souvent de la manière la plus heureuse. C'était en accablant ses antagonistes de la masse de ses paroles, en répondant à tout, absolument à tout, qu'il aveuglait ses partisans et ne rencontrait dans le camp opposé personne qui fût capable de se mesurer avec lui.

M. Druey savait très bien que le nœud de la question était dans la proclamation du 29 juillet, aussi insisla-t-il sur ce point durant près d'une heure. Le conseil d'état avait le droit de faire lire la proclamation en chaire; il s'est appuyé sur Yusage; « c'est la loi non écrite. » Eussions-nous des centaines de volumes de lois, le pasteur mettrait encore la robe noire et les rabats, parce que c'est l'usage. Sans cesse nous recourons à l'usage. Et quant à la proclamation, l'usage sur lequel s'est fondé le conseil d'état n'a été aboli par aucune loi. Les lois

récit. Le rapport de minorité (un membre), lu par M. Bory, n'accordait au conseil d'état les pleins pouvoirs que dans la mesure strictement nécessaire (tenue des registres de l'état civil). La minorité refusait tout pouvoir relatif aux oratoires et autres assemblées religieuses extralégales.

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