CHAPITRE I
qu'on a invoquées avaient rapport à la promulgation de lois ou d'édits comme on en faisait autrefois, mais elles n'avaient nullement pour but d'empêcher le conseil d'état de communiquer paternellement avec le peuple.
On a dit que la proclamation était tout à fait étrangère à la religion. Le conseil d'état estime que ce n'est pas faire injure à Vévidence que de prouver le contraire. L'église est unie à l'état chez nous ; tout ce qui intéresse l'état intéresse la religion. La religion chrétienne embrasse la vie des peuples tout entière, l'homme tout entier. D'ailleurs la proclamation parle aussi de la religion et tout ce qui est politique n'est pas nécessairement étranger à la religion. Une pièce politique peut avoir rapport à la religion comme une prière religieuse peut traiter aussi delà politique. On a entendu chez nous certains sermons qui ont aussi contenu de la politique; l'un n'exclut donc pas nécessairement l'autre. Le caractère politique de la proclamation ne la rend donc pas étrangère à la religion, puisqu'on y parle de la religion évangélique réformée, du culte catholique dans certaines communes du canton, de l'instruction publique qui doit être conforme aux principes du christianisme; que le conseil d'état y repousse les accusations calomnieuses de tendances irréligieuses dirigées contre lui; il fait appel à la conscience et à la religion des citoyens, les invitant à se recueillir et à se mettre en la présence de Dieu avant de voter. Qu'est donc devenue la religion chez nous, si des choses pareilles lui sont étrangères? Le canton de Vaud serait bien malheureux si la religion descendait si bas que des choses de ce genre pussent troubler l'édification des fidèles.
On s'est arrêté à des questions de forme, on a consulté des avocats au lieu de consulter la Bible. Je respecte les avocats; je l'ai été moi-même, j'ai appris à estimer les procureurs (quoiqu'on dise beaucoup de mal d'eux); mais je dois le dire, dans cette affaire, on a fait de l'avocasserie, on s'est montré basochien, pharisaïque, procédurier; on s'est barricadé derrière des fins de non-recevoir, comme l'aurait fait un méchant procureur. On s'est retranché derrière de misérables échappatoires. Un ministre l'a dit dans une lettre : Nous avons trouvé une échappatoire ! Cela seul suffit pour condamner les ministres qui ont refusé de lire la proclamation; cela trahit l'esprit dont ils étaient animés. J'insiste sur ce point.
car toute l'affaire est là: la proclamation ne renfermait rien de contraire à la religion, bien plus, elle avait un caractère religieux; on a refusé de la lire dans un moment où la patrie était en danger, où les ministres du Seigueur auraient dû rapprocher, réconcilier, unir les esprits. Au lieu de cela, on vient, par des motifs de fine forme, par des moyens de procureur, refuser de lire, c'est-à-dire causer du scandale dans le pays, semer le trouble, servir de point d'appui à ceux qui se sont donné le mot à Lausanne pour se lever dans les temples lorsque les agents du gouvernement sont venus pour lire; on vient aider ceux qui espéraient renverser l'œuvre du peuple.
Le pays a senti profondément l'injure qui lui était faite; aussi de tous côtés les voix s'élevaient pour nous dire : Hâtez-vous de les punir. On nous reprochait même les lenteurs que nous mettions pour pouvoir user plus facilement de douceur.
Pourquoi donc le conseil d'état a-t-il condamné les ministres? Parce que « le pays, l'opinion publique le voulaient; car l'opinion publique n'est pas tel salon, tel cercle choisi; elle ne se trouve pas dans les oratoires, mais dans la rue. » Cette opinion de la rue, M. Druey la connaissait bien, puisqu'il en parlait avec tant d'assurance! Lui-même n'avait-il pas contribué, et, dans le moment même, ne contribuait-il pas puissamment à la former? Et cependant M. Druey affirmait hautement vouloir la liberté religieuse. Le peuple n'en voulant point, il se voyait forcé de descendre à son niveau. De là son opposition aux oratoires. MM. les pasteurs, sans y être autorisés par les lois ni par la constitution, ont transporté dans la réalité l'illusion d'une indépendance de l'église qui n'existe pas. La loi ecclésiastique écarte formellement les pasteurs de ces oratoires qui ont un caractère d'hostilité sourde contre l'église nationale. « Mais il n'y a pas de loi, nous dit-on. Messieurs, il y a une loi virtuelle, il y a le sens des art. 104 et 106, il y a l'approbation que le pouvoir constituant et législatif a donnée à l'interprétation du conseil d'état. Et néanmoins on dit que le conseil d'état a outrepassé ses pouvoirs, qu'il a usé de tyrannie, de despotisme.