‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 104 sur 269 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ah! s'il avait prévu cela, il serait arrivé avec un article de loi, et l'on n'aurait rien eu à dire. Mais parce qu'il n'avait pas un morceau de papier sous telle forme et qu'il avait seulement la substance de votre délibération, on vient aujourd'hui lui reprocher sa conduite. Dans cette position, messieurs, il doit vous demander des pleins pouvoirs. »

M. Druey, en rappelant les vives attaques dirigées contre celui des considérants du jugement du 3 novembre qui spécifiait la source du ministère dans l'église nationale vaudoise, prit longuement la défense de la théorie du conseil d'état sur ce point. Après avoir établi que le Saint-Esprit seul est donné de Dieu, il résume sa doctrine en ces mots : « La consécration spirituelle ne vient pas des hommes; mais c'est eux qui confèrent le caractère extérieur de ministre. » Et quant à l'indépendance spirituelle de l'église, pouvait-on demander plus et mieux que ce qui existait dans l'église nationale? Les ministres n'y jouissaientils pas de toute la liberté qu'ils pouvaient désirer? Seraient-ils plus libres dans une église indépendante? Que de couleuvres n'a-t-on pets fait avaler aux honorables membres du clergé qui se sont séparés il y a déjà longtemps? « On sait assez, s'est écrié M. Druey, que je ne crains pas la séparation de l'église et de l'état, mais il ne s'agit pas d'une loi à faire; il s'agit d'un fait, d'une loi à exécuter. L'église est chez nous unie à l'état, et je dis qu'il faut que l'un ou l'autre domine. Il n'y a pas de tiers qui préside à cette union. Or si, comme institution divine, l'église n'a pas d'autre époux que Jésus-Christ, comme institution humaine elle doit avoir un époux humain. Cet époux est l'état. C'est donc l'état et non l'église qui doit porter les culottes!! »

Après avoir ainsi résumé, d'une manière aussi expressive que peu noble, son système sur les conditions actuelles de l'union de l'église et de l'état, M. Druey prit la Bible et relut avec l'accent d'une amère ironie le psaume XXXVII qui avait été lu

le 11 novembre dans l'assemblée du clergé; il regretta que, dans cette assemblée, on n'eût pas lu plutôt le chapitre de saint Paul sur les caractères de la charité, et d'autres encore. Puis, prenant à partie ce qui avait été invoqué en faveur de la dignité du ministère, des égards dus aux classes, il s'écria : « C'est vouloir traiter avec l'état de puissance à puissance; c'est la position du pape vis-à-vis de l'empereur; c'est Grégoire VII forçant l'empereur d'Allemagne à lui tenir rétrier1. Le grand conseil veut-il tenir l'étrier au clergé vaudois? » Ces derniers mots furent couverts d'applaudissements! Les bravos redoublèrent un moment après, lorsque l'orateur compara les ministres au mercenaire dont parle Jésus, qui s'enfuit en voyant venir le loup. « On comprendrait que ces messieurs eussent pu prendre un chien pour un loup; mais ce n'était pas même un chien; c'était le gardien des bergers (le conseil d'état). Et à supposer que c'eût été un loup, c'était le moment de rester à son poste et de combattre pour son troupeau. »

Le discours habile mais violent, le réquisitoire aussi plein de passion que de sophismes du président du conseil d'état se termina par la péroraison que voici :

Les ministres démissionnaires ont quitté l'église nationale dans l'espoir que les temples seraient fermés et qu'ils finiraient par dicter leurs conditions. Eh bien ! Dieu merci, on n'aura pas cette satisfaction-là : les temples ne seront pas fermés, ils ne le seront à aucun prix. Le conseil d'état n'entend pas capituler. (!!) Il doit maintenir les droits de l'état sur l'église. Voilà pourquoi il vous a demandé des pleins pouvoirs touchant l'église et ce qui s'y rattache. Il n'en usera que dans des cas assez restreints, mais il m'est impossible de spécifier les lois qui pourraient se trouver sur notre route. Il faudra peut-être accélérer la consécration de&

1 La mémoire du président du conseil d'état lui faisait ici défaut. C'est le pape Adrien IV qui força l'empereur Frédéric Barberousse à lui tenir l'étrier. La véritéhistorique importait du reste fort peu au grand conseil, — et à M. Druey lui-môme* L'essentiel était de frapper vivement l'imagination de la majorité fidèle.

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