‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 105 sur 269 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

licenciés et des étudiants en théologie. Il faudra réunir momentanément plusieurs paroisses en une. Du reste, nous ne voulons pas les diminuer. Dieu nous en garde1. Il faudra aussi augmenter peut-être momentanément le traitement des pasteurs qui auront plusieurs postes à desservir. Il faudra rég'er les rapports de l'académie avec l'église; donner peutêtre des fonctions ecclésiastiques aux régents, et mille autres choses que je ne puis pas prévoir.

Quant aux oratoires, si l'ordre public est troublé, il faut que le conseil d'état ait les moyens de le rétablir. Dans les paroisses où tout le monde voudra bien vivre ensemble, ils s'arrangeront comme ils le voudront; mais dans beaucoup de localités, il y aura des divisions, et l'on ne sait pas ce qui pourrait arriver.

Mais l'essentiel est que nous puissions prendre une détermination quelconque sur les ministres démissionnaires. Nous ne pouvons absolument pas rester dans cet état de choses jusqu'au 15 décembre. Je désire, pour ma part, qu'on trouve moyen de ramener les pasteurs qui ont été entraînés.

En un mot, il faudra que le gouvernement puisse marcher et parer aux circonstances imprévues.

Nous ne demandons des pouvoirs que pour aller au plus nécessaire, pour maintenir l'église nationale, garantie par la constitution. Du reste, si vous avez confiance au conseil d'état, d'après ses antécédents, il faut que les pouvoirs que vous lui accorderez soient des plus larges. Quand on donne, on donne. Si vous lui refusez des pouvoirs étendus, eh bien! désapprouvez-le. Mais c'est un peu tard aujourd'hui. Si vous vouliez que le conseil d'état agît autrement, pourquoi avez-vous adopté la motion de M. Mercier touchant les oratoires? pourquoi ne vous êtes-vous pas prononcés dans votre dernière session contre toute suite ultérieure à l'affaire de la proclamation? C'est que vous ne pouviez pas faire autrement que vous n'avez fait. Je conclus à l'adoption du projet 2.

1 Un des collègues de M. Druey, le conseiller d'état Vulllet, avait certainement oublié celte protestation du président, lorsque, le lendemain, il disait que le clergé coûtait beaucoup, qu'il fallait voir si l'on ne pouvait pas diminuer le nombre de ces messieurs et proportionner le clergé aux besoins du pays. (Bulletin des séances du grand conseil, pag. 79.)

5 Les discours prononcés par M. Druey, les 18 et 19 novembre, furent publiés à part. (30 pag. in-8, Lausanne, Corbaz et Robellaz.)

Après ce discours-programme du président du conseil d'état, on entendit, l'après-midi, plusieurs amis, amis politiques du moins, des pasteurs, MM. Carrard et Jaccard, juges d'appel, Muret-Tallichet, L. Frossard, Pidou. Tous commençaient par dire qu'ils n'avaient jamais mis les pieds dans un oratoire, que MM. les pasteurs avaient peut-être bien été un peu loin, qu'ils comprenaient que l'église n'était pas un pouvoir dans l'état, qu'elle devait avoir certaines limites, mais qu'il ne fallait pas effaroucher MM. les pasteurs; qu'il fallait leur faire quelques concessions, éprouver si leur détermination serait définitive; en un mot, qu'il fallait les tenter. Mais, en se plaçant à un point de vue aussi faux, les députés conservateurs ne pouvaient se montrer que bien faibles, bien pâles, bien découragés.

Dans cette triste journée, on put signaler chez le grand conseil une absence absolue de dignité. Lorsque les défenseurs du clergé parlaient, on entendait sur tous les bancs des rires, des remarques ironiques, des murmures, et même des coups de sifflet, auxquels répondaient les applaudissements sauvages adressés aux orateurs du gouvernement. Quel spectacle différent avait présenté l'assemblée de l'hôtel de ville! Dans son superbe dédain, le grand conseil traitait les pasteurs d'hypocrites. Il n'avait pas assez de mépris pour eux. Une satisfaction non dissimulée se peignait sur les figures à l'ouïe des centaines et des centaines de signatures qui appuyaient la politique du conseil d'état, tandis que quelques maigres pétitions contraires, quelques lettres lues d'une voix indistincte, ne faisaient que constater le triomphe du gouvernement sur les pasteurs! Le grand conseil ne jugea pas même qu'il valût la peine de lire le rapport que M. Anet lui présentait sur le mémoire des 221, du 26 mai! Et lorsque M. Jaccard eut le courage de dire que les

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