‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 11 sur 269 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

semblait proclamer, était donc un fait de la plus haute gravité! Jusqu'alors les actes illégaux auxquels, en divers lieux du pays, des individus aveuglés s'étaient livrés, avaient pu apparaître comme infiniment regrettables, sans doute, mais ne compromettant pourtant pas le gouvernement lui-même. Après le 9 avril, il ne fut plus possible de se faire illusion à cet égard. Le gouvernement issu de la révolution en épousait l'esprit, les passions et les haines. Les étranges doctrines professées par le vice-président du conseil d'état renfermaient les germes d'une nouvelle législation relative à la liberté religieuse; d'une législation en opposition absolue avec le droit public vaudois ; d'une législation qui du désordre ferait la règle et rouvrirait dans notre pays l'ère des persécutions légales; d'une législation enfin qui n'aurait plus besoin, pour être complétée, que de la sanction du grand conseil.

A partir du 9 avril, il devait y avoir dans notre pays deux classes de Vaudois, des citoyens et des fanatiques. Ceux-ci pouvaient et, par la force des choses, devaient être mis hors la loi. L'état ne leur devait aucune protection, parce que le culte de l'église nationale était seul garanti. Que celte dernière église fût ainsi, de par l'état, réduite à jouer un rôle d'exclusisme à l'égard de toute autre communion chrétienne; qu'ayant seule le droit d'exister, elle en devînt légalement intolérante, c'étaient là des conséquences naturelles du principe posé par le viceprésident du conseil d'état, mais dont, il faut l'espérer pour son honneur, ce magistrat ne se doutait probablement pas.

Chose étrange, toutefois! Dans cette pièce incroyable, il y a une contradiction manifeste et qui montre que la doctrine, si elle tend à se préciser, n'est pas encore absolument fixée. M. Blanchenay parle Pactes illégaux qui pourraient provoquer des désordres réprimés par les lois et appeler l'intervention de la justice! Mais n'était-ce pas en présence de pareils actes que le gouvernement s'était trouvé à Aran et ailleurs? Pourquoi

30 livre xm.

donc n'avait-il pas empêché et prévenu les désordres? pourquoi, du moins, n'en avait-il pas puni les fauteurs? Il se serait ainsi épargné à lui-même un reproche grave qui, déjà alors, lui fut adressé, et qu'il s'appliqua dans la suite à mériter pleinement : celui d'encourager sous main ces déplorables manifestations. Et il est de fait que les circulaires émises par le gouvernement, à commencer par la lettre de son vice-président, ce modèle d'ineptie et d'injustice, étaient tout ce qu'il y avait de plus propre à exciter de plus en plus les passions d'une multitude égarée.

Le gouvernement issu de la révolution de février aurait-il subi une pression plus forte que sa propre volonté? aurait-il cédé, bien malgré lui, à une triste nécessité, condition fatale de son maintien à la tête du pays? On serait tenté de le croire en voyant ce gouvernement hésiter au début et pendant un temps entre la voie de la justice et du droit, et celle de l'arbitraire et de la violence.

Après les honteuses scènes qui devaient donner une si regrettable célébrité au hameau d'Aran, après les protestations d'une partie de la presse indigène et étrangère, il semble que le conseil d'état ait voulu se laver de tout reproche de connivence avec les perturbateurs et les ennemis de la liberté religieuse, en démontrant qu'il était resté fidèlement attaché aux lois et aux principes constitutionnels. Dans ce but, il adressa à tous les préfets du canton la lettre suivante :

Le conseil d'état du canton de Vaud aux préfets. Messieurs,

Nous vous transmettons pour vous servir de directions dans vos fonctions et pour éclairer le peuple sur les véritables intentions du gouvernement, la lettre que nous avons adressée à monsieur le préfet du district

Page 1