‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 110 sur 269 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

pas sur ces points délicats, c'était aux pasteurs à détourner, à force de prudence, l'épée de Damoclès suspendue sur leurs têtes. Quel profond respect le gouvernement trahissait ici pour la liberté de la chaire 1 Avait-il peur, qu'après avoir conspiré à l'hôtel de ville, les pasteurs qui retireraient leur démission, ne conspirassent encore dans leur presbytère? Qu'avait-il à craindre, puisqu'il avait soin d'exclure, d'ores et déjà, du ministère, les membres du clergé qui avaient été « plus particulièrement actifs dans les conférences des 11 et 12 novembre, ou qui, par des actes postérieurs au jugement du 3 novembre, s'étaient placés dans une situation exceptionnelle? »

La circulaire se terminait par les salutations chrétiennes du président Druey et du chancelier Fornerod1,

Cette démarche n'était qu'un leurre. La facilité offerte aux démissionnaires n'était ni honorable, puisqu'elle procédait par voie d'exclusion, ni réelle, puisqu'elle refusait absolument toutes les garanties demandées, ni sûre, puisqu'elle ne mettait pas à l'abri de l'arbitraire, ni loyale, puisqu'elle n'accordait qu'un laps de temps dérisoire pour une décision aussi grave. En réalité, la circulaire était un lacet tendu par un oiseleur expérimenté et qui compte sur une chasse abondante; ou, mieux encore, c'était la voix d'un maître impérieux qui se faisait bon prince, tout en mettant à ses serviteurs le marché à la main. Rien de plus catégorique à cet égard que ce petit commentaire du Nouvelliste : « Les circulaires du conseil d'état des 20/21 novembre aux pasteurs et aux ministres avaient ce sens-ci : « Nous » oublions votre faute, revenez à nous; le pays vous pardonne » et il vous promet avec nous un avenir libre de toute entrave, » comme fut d'ailleurs le passé2. » Y eut-il jamais persiflage plus cynique 1

1 M. Baup a inséré cette pièce dans son Précis, pag. 164-167. * Nouvelliste vaudois, 1845, N° 98, 9 décembre.

En même temps qu'il adressait à la plupart des démissionnaires l'invitation dont nous venons de donner une analyse sommaire, le conseil d'état leur faisait parvenir la circulaire que, le même jour (20/21 novembre), il expédiait aux pasteurs et aux autres ministres de l'église nationale qui n'avaient pas donné leur démission. Le gouvernement, en exprimant sa pleine et entière satisfaction, sa sincère reconnaissance aux pasteurs qui avaient conservé leurs fonctions officielles, leur prodiguait des flatteries très bien calculées, mais par trop fortes, et qui, eu égard à la source d'où elles provenaient, devaient embarrasser singulièrement quelques-uns de ceux qui en étaient les objets. Après tout, la circulaire était une nouvelle apologie de la conduite du conseil d'état, qui posait en fait ce qui était précisément en question, et qui assimilait la position faite au clergé, depuis le 14 février au 12 novembre, à la situation antérieure, en remontant même jusqu'à la réformation. Que les pasteurs se rassurent donc, car ce serait « s'abuser que de croire que le conseil d'état nourrît des dispositions hostiles à la religion et à l'exercice du saint ministère dans notre église. » L'état normal ne tardera sûrement pas à être rétabli dans l'église, et les démissionnaires se hâteront de saisir l'occasion que le conseil d'état leur fournit de rentrer honorablement dans l'église *.

Il faut avouer que le ton de cette circulaire est bien différent de celui que le pouvoir exécutif avait pris au 6 août, bien différent surtout de celui que, la veille encore, au sein du grand conseil, les orateurs de la majorité avaient adopté dans leurs philippiques contre le clergé en général. Mais, au fait, qu'espérait-on des pasteurs? « On espérait par ces protestations de bonne volonté, toutes démenties qu'elles étaient par les faits,

* Voir la circulaire dans le Précis de M. Baup, pag. 191-193.

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