‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 111 sur 269 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

endormir leur vigilance. On voulait leur faire perdre de vue l'état réel de la question, réveiller tous- les sentiments respectables et douloureux qui les avaient tenus en suspens devant l'acte de leur démission, et les amener ainsi à une rétractation, sans céder un seul point des exigences, cause première de toute la lutte. Bien plus, les ministres qui auraient la faiblesse de prêter Foreille à des invitations de cette nature devaient par là consacrer toutes ces exigences, les reconnaître comme justes, légitimes, comme la règle, de tout temps avouée, de leurs rapports avec l'état. Ils devaient ainsi rendre complète la victoire du conseil d'état et sa domination sur l'église. En outre, une rétractation, après les circulaires du conseil d'état, renfermait nécessairement l'aveu d'une conduite irréfléchie et d'une résistance illégale aux actes légitimes du pouvoir. Elle impliquait la promesse d'une résistance passive, puisqu'avec la méthode employée dans les considérants du jugement du 3 novembre, il n'était aucun ordre de l'autorité qui ne pût devenir obligatoire. Cette rétractation supposait encore, de la part de ceux qui avaient été favorisés de l'envoi de la circulaire, qu'ils s'étaient laissé conduire par quelques chefs, sur lesquels on se hâtait, pour faire sa paix et contre toute espèce de vérité, de rejeter l'odieux d'une démarche qui avait soulevé toutes les passions du parti dominant. Voilà la signification véritable d'une rétractation aux yeux de quiconque aura lu avec attention le récit et les pièces qui précèdent. Cette signification ne pouvait pas être éludée, car la rétractation devait être pure et simple pour pouvoir être admise par l'autorité1. »

Comment le conseil d'état avait-il été amené à l'idée de provoquer des retraits de démission? Avait-il, à cet égard, quel-

1 F. Chavannes, la Crise ecclésiastique dans le canton de Vaud, pag. 54.

que donnée, quelque renseignement qui pût l'encourager à entrer dans une voie peu conforme à sa politique antérieure? Il n'est pas douteux qu'il n'ait compté, dans les rangs des nondémissionnaires, des partisans, ou tout au moins de ces hommes prudents, toujours disposés à tourner leur aile du côté où souffle le vent. Parmi les démissionnaires eux-mêmes, plusieurs n'avaient agi qu'à contre-cœur, pour ne pas se séparer de leurs frères, par entraînement; d'autres encore, — pourquoi le nieraiton? — avaient cru forcer la main au conseil d'état. Il était impossible que, dans un mouvement aussi général, il n'y eût pas matière à défections. Le conseil d'état pouvait, sans trop de peine, le présumer. Mais ce qui dut le décider, ce furent les rétractations hâtives des effrayés, qui n'attendirent même pas qu'on le leur demandât, pour retirer leur démission. Tel fut le cas, entre autres, de ce pasteur dont la lettre eut l'honneur d'être lue en plein grand conseil par M. Druey, le jour même où furent votés les pleins-pouvoirs. Quoiqu'il eût donné son adhésion un des derniers et depuis chez lui, quelques heures après son retour de Lausanne, le signataire de la lettre priait le conseil d'état, s'il en était temps encore (1 1), de regarder sa démission comme non avenue et de consentir à ce qu'il demeurât pasteur de sa paroisse actuelle. Rien de plus humble que cette lettre! Force de l'entraînement, démarche précipitée, désertion d'un poste où l'on peut travailler au bien de son pays, abandon d'une paroisse où l'on peut librement exercer le ministère; en vérité, ne dirait-on pas la minute des prochaines circulaires du conseil d'état? Et si M. Druey n'avait pas donné, — aux applaudissements du grand conseil, — cette lettre comme authentique, ne serait-on pas tenté de la croire apocryphe? Décidément, c'était trop de zèle, trop de frayeur et trop d'abnégation de soi-même 1 Mais le conseil d'état ne pouvait pas négliger de pareils encouragements et, fort des pleins pouvoirs, fort de la résolution de tout briser plutôt que de paraître céder aux ministres, il alla hardiment de l'avant.

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