CHAPITRE I
naires, et cette lettre pouvant être considérée comme l'expression de la pensée d'un certain nombre de rétractants, nous l'insérons ici, malgré sa longueur.
Lausanne, le 28 novembre 1845.
Monsieur et très honoré frère,
Je crois de mon devoir de vous faire une communication, en l'accompagnant de quelques développements. Je me suis joint à ceux de mes frères et amis qui ont donné leur démission à la suite de l'assemblée du 12 novembre.
Bien que j'espérasse peu de cette démarche, je crus de mon devoir de ne point me séparer de mes amis, de peur d'être, cas échéant, cause du manque de réussite. Ce qui s'est passé depuis ce moment me confirme dans l'opinion qu'une église nationale indépendante de l'état ne peut pas, maintenant, exister chez nous, et de plus que l'église encore unie à l'état n'est point près de se dissoudre. Elle peut languir longtemps; elle est maintenant très malade, et elle le sera davantage si je lui refuse ma coopération ; aussi, la profonde pitié que j'ai pour elle me fait un devoir de conscience de la servir.
Depuis que j'ai signé ma démission, jour et nuit j'ai eu devant mes yeux et devant mon cœur cette masse d'âmes qui ont tant besoin de la nourriture spirituelle et qui, par suite des circonstances, n'iront pas de longtemps la chercher ailleurs que dans l'église unie à l'état; des sollicitations me sont venues de toutes parts, des supplications très nombreuses et ardentes de rester dans l'église établie sont venues à mes oreilles ; je suis assuré qu'elles sont sincères, bien que je ne me fasse pas illusion sur ce qu'il peut y avoir d'humain dans celles que plusieurs m'ont adressées. Si elles eussent été en sens inverse de la voix de ma conscience j'y eusse résisté, et c'eût été pour moi un devoir; mais elles allaient dans le même sens que ma conscience. Elles furent donc pour moi comme la voix de Dieu qui m'ordonnait de ne pas abandonner mon troupeau, je me vis en face du jugement, et il me fut impossible de ne pas me dire : « Que répondras- tu devant le tribunal de Christ à ceux de tes nombreux paroissiens qui te diront en ce jour : « Nous vous avons demandé la Pa- » rôle de Dieu, et vous nous l'avez refusée? » Aussi, c'est depuis que j'ai pris le parti de retirer ma démission que ma conscience est en paix, bien que mon cœur saigne de profondes blessures. Je n'ai pas pour répondre
à mes paroissiens l'argument qu'ont quelques-uns de mes frères qui croient pouvoir rester pasteurs de fait dans leurs paroisses, après avoir donné leur démission.
Je retire donc ma démission, la conscience à l'aise, mais le cœur serré et avec des émotions que je ne puis décrire. En résultera-t-il, de la part de mes collègues et excellents frères, un jugement sévère sur moi? La portion vraiment réveillée du troupeau ne comprendra-t-elle pas le sacrifice que j'ai fait dans l'intérêt spirituel d'une autre partie du troupeau? Ira-t-elle jusqu'à me retirer à quelque degré sa confiance? Fasse le Seigneur qu'il n'en soit rien! Et dans tous les cas, que le Seigneur, qui connaît mon cœur, me donne de lui être fidèle au milieu de l'épreuve comme dans les temps de bénédictions et de savoir supporter quelque chose pour l'amour de lui.
Chers frères et amis chrétiens, que la paix soit entre nous, ainsi que les cordiales affections!
Jamais je n'ai si bien senti combien je vous suis attaché et dévoué que depuis que je crains d'être pour vous une occasion de peine.
Que Dieu guérisse les plaies de notre pauvre église, et qu'il nous donne de voir se lever bientôt sur elle des jours heureux!
Que la grâce et la paix vous soient multipliées!
Recevez, monsieur et très honoré frère, l'expression de mon respect et de mon dévouement fraternel.