CHAPITRE I
pas comprendre que le malaise momentané de la paroisse était de nulle considération auprès de l'affranchissement de l'église tout entière; que derrière les souffrances de l'heure présente devait s'ouvrir une ère nouvelle pour le peuple chrétien dans le canton de Yaud. C'était l'avenir qu'ils sacrifiaient au présent1!
Si la circulaire adressée le 20/21 novembre aux pasteurs démissionnaires en avait déterminé plusieurs à entrer dans la voie que le conseil d'état leur ouvrait, en revanche, la très grande majorité demeura ferme dans sa résolution. Les lettres par lesquelles un certain nombre d'entre eux confirmèrent leur démission étaient, pour la plupart, empreintes d'autant de dignité que de franchise. D'autres trahissaient peut-être une fierté trop humaine, un esprit trop prompt à envisager comme une injure une imputation de faiblesse. Le Nouvelliste ne manqua pas d'insérer dans ses colonnes telle et telle de ces dernières.
Je confirme la déclaration à laquelle j'ai fait apposer mon nom, le 12 courant, à côté de celui de plusieurs de mes confrères. Quand je n'aurais pas eu d'autres motifs, votre circulaire m'y aurait obligé. Il vous fallait des pleins pouvoirs pour oser montrer à découvert comment vous avez entendu mener à la baguette les pasteurs et les ministres. Qui ne verra clair maintenant s'il a des yeux ! etc.
Lors même que je n'aurais pas donné ma démission le 12 novembre, je l'aurais donnée plus tard, lorsque j'aurais eu connaissance du décret par lequel vous vous êtes fait donner des pouvoirs despotiques en matière d'église. Maintenant, il est parfaitement clair qu'il n'y a plus ni lois protectrices, ni justice, ni sécurité pour le ministère chrétien dans le canton de Vaud. Le langage passablement flatteur de vos deux circulaires du
1 Conf. Archives du christianisme, 1845, N° 23, 13 décembre, et Courrier suisse, N° 96, 2 décembre.
2o 21 novembre ne m'inspire aucune confiance, quand je le compare au langage violent et injurieux que vous avez tenu contre les pasteurs en grand conseil.
Nous ne saurions, malgré le bien fondé des reproches que ces lettres contiennent à l'adresse du conseil d'état, en approuver le ton irrité qui ne convient pas à des citoyens vis-à-vis des magistrats, bien moins encore à des serviteurs de Christ placés dans des circonstances aussi solennelles. D'autres lettres, en disant les mêmes choses, usaient d'un style plus conforme au caractère des écrivains :
Les paroles flatteuses qui commencent votre lettre ne sont pas des principes ni des garanties, et je les vois aussitôt suivies de la corroboration positive du système extralégal d'après lequel l'église a été gouvernée depuis le 15 février, système qui ôte au ministère exercé dans cette église ce qu'il a d'auguste et de sacré et ce qui me le faisait aimer....* La conscience du chrétien ne saurait capituler; je me retire en serrant dans mon cœur l'espérance d'un meilleur avenir.
Dans une lettre pleine de noblesse et d'élévation (23 novembre), le second pasteur de Moudon, M. Cérésole.eu rappelant les paroles qu'il avait prononcées le 12 novembre, à l'hôtel de ville, et la joie que lui avait fait éprouver cette grande journée, se montrait étonné, peiné même que le conseil d'état eût jugé à propos de lui envoyer ses deux circulaires. « Pensez-vous que les ministres de Jésus-Christ ne soient que des roseaux agités par les vents? » Et du reste, qu'est-ce qui aurait pu faire changer M. Cérésole si promptement de sentiment? La proclamation du 14? Les discours prononcés en grand conseil ? La circulaire du 20/21? Mais cette dernière ne renferme pas la moindre concession î mais il est interdit à tout pasteur national de fonctionner dans les oratoires et même d'y paraître! « Comment ne serais-je pas forcé, à mon grand regret, de trouver dans votre appel une bienveillance plus apparente que réelle? » M. Céré-