CHAPITRE I
sole aurait voulu consacrer le reste de sa vie à l'église nationale, mais il se sent comme « asphyxié, » dans la position faite aux pasteurs, et, sans savoir où il plaira à Dieu de le diriger, le cœur brisé à plus d'un égard, mais cependant ranimé par la joie prédominante que donne une bonne conscience, il confirme pleinement sa démission comme pasteur de l'église nationale du canton de Vaud salariée par l'état. Il ne saurait demeurer, contre sa conscience, dans une église d'état de plus en plus asservie, et, à ses yeux, déshonorée1.
Non moins belle, non moins digne était la lettre par laquelle M. Grenier, pasteur à Vevey, confirmait sa démission.
M. Grenier était partisan de la séparation de l'état et de l'église, et les faits survenus depuis neuf mois ne lui laissaient aucun doute sur la nécessité de cette séparation. Cependant il n'avait point voulu agir par esprit de système, et il lui avait fallu l'évidence des faits pour être convaincu que l'union, telle que le conseil d'état l'entendait, ne pouvait qu'amener un état de malaise et de souffrance réciproque.
Gomment M. Grenier serait-il rassuré? Et ici, il se livre à un examen suivi, calme, ferme, pressant, toujours respectueux des actes du gouvernement vis-à-vis du clergé depuis la révo lution. Il réduit à néant les sophismes du conseil d'état et sa prétention à être l'évêque de l'église vaudoise et il refuse de voir dans une autorité toute civile l'évêque de son église. Il avait espéré qu'après la démission générale la séparation se présenterait au conseil d'état comme le seul moyen de faire cheminer côte à côte l'église et l'état. Il s'est trompé. Mais au moins que le conseil d'état prenne désormais pour règle de son gouvernement les principes d'une vraie liberté religieuse. Sans elle « l'avenir se montre bien sombre; on n'y voit que trouble et désordre*. »
1 Voy. cette lettre dans le Précis de M. Baup, pag. 169-172.
2 Baup, Précis des faits, etc., pag. 172-177.
Nous voudrions pouvoir placer sous les yeux de nos lecteurs un plus grand nombre d'extraits de ces nobles et courageux témoignages rendus à la primauté de Jésus-Christ sur son église et à la sainte liberté du ministère évangélique. Nous devons nous borner. Qu'il nous soit au moins permis de rappeler ici la lettre, si belle dans sa simplicité et sa modestie, du pasteur d'Oron, M. F. Dumoni ».
Le conseil d'état, trouvant sans doute que les démissionnaires n'avaient point fait assez de cas de la circulaire du 20/ 21 novembre, sollicité en outre par des membres du clergé non démissionnaire et par des pasteurs rétractants, se décida à faire une nouvelle tentative auprès des pasteurs et ministres qui avaient gardé le silence. A la date du 29, il adressa à ces derniers une circulaire fort courte. Le délai était prolongé jusqu'au 4 décembre. Ce délai expiré, dit la pièce officielle, le conseil d'état « passera outre l » C'était, on en conviendra, net, concis et énergique. Le retrait de la démission devait être, comme précédemment, pur et simple.
Il est possible que ce suprême appel du conseil d'état aux abois eût enfin décidé quelques-uns des démissionnaires qui hésitaient encore sur le parti qu'ils avaient à prendre, si un fait d'une extrême gravité ne s'était produit au chef-lieu. L'office gouvernemental avait à peine quitté les bureaux de la chancellerie quand eut lieu, à la porte d'un local affecté à un culte libre, une rixe violente.
Depuis que le conseil d'état avait déclaré, au sein du grand conseil, qu'il ne prendrait de mesures contre les oratoires qu'autant que ces derniers seraient une occasion de trouble, chacun
1 Insérée dans le Courrier suisse, 1845, N° 96, 2 décembre.