‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 117 sur 269 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

prévoyait que des désordres ne tarderaient pas à éclater. Cette persuasion, confirmée par des renseignements plus ou moins positifs, engagea un certain nombre de personnes de tout âge, et de toute opinion, mais amies de l'ordre, à se rencontrer le dimanche 30 novembre dans le voisinage de Voratoire de Mauborget, afin de protéger, s'il y avait lieu, les personnes qui s'y rendraient.

Le service durait déjà depuis une demi-heure, lorsqu'une troupe d'enfants, débouchant de l'Halle Saint-Laurent, vint faire un bruit effroyable. C'était le prélude de scènes plus sérieuses. Après eux survinrent quelques jeunes gens qui paraissaient jouer le rôle d'observateurs; l'un d'eux, le nommé Logoz, s'étant permis d'insulter le peintre Euler, celui-ci l'invita à se tenir tranquille et à ne plus l'injurier comme il le faisait habituellement. Celte exhortation fut reçue par un démenti grossier, et le démenti fut suivi d'un soufflet. Le jeune Logoz s'écria aussitôt : « Attendez seulement un quart d'heure et vous aurez votre affaire 1 » Là-dessus il s'éloigna, et bientôt arrivèrent une vingtaine de jeunes gens dont plusieurs paraissaient avoir bu copieusement. Le premier acte des arrivants fut de se placer sur le seuil de l'oratoire; c'est en vain que les gardes de police s'opposèrent à cette irruption; les assaillants les insultèrent, s'écrièrent qu'ils étaient souverains et se précipitèrent en avant. Ce fut alors que la rixe commença. Les personnes qui étaient placées devant la porte de l'oratoire repoussèrent l'attaque; il y eut des coups de bâton et de poing donnés de part et d'autre, puis à l'orage succéda un moment de calme. Les assaillants profitèrent de cette trêve pour concerter leurs efforts. Aux cris de : « A bas le chapeau grisl » ils se ruèrent sur le peintre Euler, qui reçut un coup de couteau à la figure, et une nouvelle lutte s'engagea. Cette seconde mêlée eut la même issue que la première; les agresseurs ne purent se faire jour jusqu'à la porte, et, bientôt après, les personnes qui assistaient à l'ora-

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toire purent se retirer sans danger. Après leur retraite, le combat cessa et l'ordre ne fut plus troublé que par les insultes prodiguées à ceux qui cherchaient à ramener par leurs exhortations le calme et la tranquillité.

Pendant qu'on se battait dans la rue, des faits plus graves avaient lieu près de là. Quelques jeunes gens, détachés du groupe des agresseurs, et armés, l'un d'un sabre, les autres de bâtons, avaient pénétré dans une maison voisine, et après avoir enfoncé la porte d'une chambre habitée par une femme aveugle, ils avaient visité le lit et les armoires, pour voir s'il n'y avait personne de caché. Leurs perquisitions ayant été vaines, ils se dirigèrent vers l'appartement voisin, frappèrent la personne qui venait de leur ouvrir la porte et renouvelèrent leur visite domiciliaire. Tout cela se faisait en invoquant la souveraineté du peuple.

Le lendemain, une troupe d'une cinquantaine d'individus se porta devant la maison de M. le pasteur Bridel, à la Madeleine, et lui fit un charivari. En sortant de là, cette même troupe se rendit de nouveau auprès de l'oratoire, où le sous-préfet parvint, non sans peine, à lui faire entendre raison1.

1 Conf. l'Indépendant, 184-5, N° 31, 6 décembre. — Courrier suisse, N° 96, 2 décembre. — Nouvelliste vaudois, N° 96, 2 décembre. — Le lendemain de la rixe de la rue Mauborget, les jeunes gens de la Halle déposèrent une plainte auprès du juge d'instruction. Une enquête eut lieu. Pendant longtemps, — six mois, — on n'entendit plus parler de cette affaire. Enfin, elle fut portée devant le tribunal correctionnel de Lausanne. Le procès eut lieu du 25 au 30 mai 1846. Seize prévenus étaient cités à la barre du tribunal; neuf du côté des défenseurs de l'oratoire, sept du côté des agresseurs ; trois accusés faisaient défaut. Les premiers étaient défendus par les avocats Ch. Renevier et A. de Félice; les seconds par les avocats Marc Blanchenay et Eytel. Plus de cent témoins furent entendus. Parmi eux se trouvaient des pasteurs, MM. Monneron, Bridel, des professeurs, MM. Vinet et S. Chappuis; un nombre considérable d'étudiants, des négociants, des magistrats, etc. Les plaidoiries de MM. Blanchenay et Ey tel furent agressives, pleines d'insinuations malveillantes à l'égard des conservateurs. La partie publique, par ses inconcevables attaques contre M. Ducloux, l'un des prévenus, s'attira les vigoureuses protestations de l'avocat Benevier. La plaidoirie de celui-ci, et celle de son collègue de Félice se distinguèrent

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