CHAPITRE I
lions mentales, jésuitisme que vous n'avoueriez sûrement pas *. »
Nous avons dit plus haut que le conseil d'état ne devait pas plus se laisser arrêter par de nouvelles démissions que par la voix de la prudence. Parmi les démissions, il faut faire la première place à celle de M. le professeur S. Chappuis.
Au 12 novembre, M. Chappuis était en France où il se livrait momentanément à des travaux d'évangélisation. Il n'avait donc point pris part à l'assemblée générale des pasteurs et n'avait pu apposer son nom à la démission collective. Au 3 décembre, alors que déjà la politique du conseil d'état se dessinait nettement, M. Chappuis écrivit à cette autorité que les derniers événements étaient de nature à dissiper toutes les illusions qu'avait fait naître dans son esprit la loi du 14 décembre 1839. Maintenant il était bien entendu qu'il dépendait du gouvernement de faire entendre, au peuple assemblé pour écouter la parole de Dieu, des proclamations et publications quelconques. Désormais le culte n'était plus à l'abri de l'invasion de la politique, et les ministres pouvaient être employés comme les agents du gouvernement. « C'est, disait M. Chappuis, parce que je ne puis consentir à l'être, en ma qualité de ministre de l'Evangile, que je renonce à me prévaloir de cette qualité dans l'église établie du canton de Vaud. » M. Chappuis s'élevait ensuite, avec autant de force dans la pensée que de modération dans les termes, contre les mesures prises coutre les réunions particulières d'édification. Des mesures contre le zèle étaient, à ses yeux, un grand mal en elles-mêmes, sans compter qu'elles sont l'indice d'un mal plus grand encore, et « c'est entamer le ministère évangélique dans son essence, que d'y recourir en
1 La Réformation au XIXe siècle, 1845, N° 24, 11 décembre.
interdisant aux pasteurs des réunions religieuses hors des temples. » Enfin M. Chappuis ne pouvait ((supporter la pensée d'appartenir à un corps ecclésiastique dans l'intérêt duquel des persécutions s'exerçaient. » Sans avoir renoncé absolument à l'idée d'une union possible entre l'église et l'état, à des conditions acceptables, le savant professeur de dogmatique estimait que ces conditions n'existaient plus pour l'église nationale et qu'elles n'existeraient que le jour où cette église recouvrerait sa liberté.
En même temps qu'il notifiait sa démission de ministre de l'église nationale, M. Chappuis résignait entre les mains du conseil d'état son office de professeur de théologie. Bien qu'il lui parût que le conseil ne recevait pas de démission à terme, cependant M. Chappuis offrait de continuer son cours jusqu'en avril 1846, afin de ne pas compromettre l'enseignement qui lui avait été confié. Mais, dès le lendemain déjà, M. Chappuis recevait du président du conseil d'état l'avis que sa double démission était acceptée. M. Druey faisait remarquer au professeur démissionnaire que, sa retraite étant volontaire, si l'enseignement de la théologie souffrait à l'académie de Lausanne, c'était à lui seul qu'on pourrait s'en prendre1.
Tout cela s'était accompli si rapidement que, le jeudi 4 décembre, M. Chappuis était déjà appelé à faire ses adieux à ses étudiants. C'était au bâtiment de l'académie. M. Chappuis vint jusqu'au seuil de la porte; il pria les étudiants qui se trouvaient là d'avertir leurs camarades qu'il ne pourrait leur donner sa leçon ni ce jour-là, ni le lendemain, ni les autres jours; qu'il avait envoyé sa démission de ministre et de professeur tout en
1 La lettre de M. Chappuis et la réponse de M. Druey ont été imprimées à part; la première se trouve aussi dans le Précis de Baup, pag. 187-190. — A la même date que M. Chappuis, le pasteur L. Ruchonnet, à Villeneuve, avait, dans une lettre sobre et énergique, repoussé les avances du conseil d'état et confirmé sa démission. (Voy. Courrier suisse, 1845, N° 98, 9 décembre.)